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Les engagements des donateurs ne suffisent pas à réhabiliter Gaza

Omar Shaban Ismail · Al-Monitor · 2014

Omar Shaban soutient que les 5,4 milliards de dollars promis lors de la conférence du Caire, dont environ la moitié pour Gaza, ne suffiront pas à réhabiliter l’enclave sans assouplissement du blocus politique et économique. Il présente le plan de l’Autorité palestinienne, chiffré à 4,03 milliards de dollars pour la protection sociale, les infrastructures, le développement économique et la gouvernance, auquel s’ajoutent 4,5 milliards pour soutenir le budget de l’AP et 7 milliards pour des projets stratégiques de long terme. Il critique une approche fondée sur les besoins, sans objectifs macroéconomiques ni critères de mesure des résultats, malgré des propositions comme la reconstruction ou la réparation de 60 000 logements. Il avertit enfin que le décaissement sera plus difficile que la collecte des promesses et que le mécanisme de contrôle tripartite piloté par l’ONU risque d’alourdir et de prolonger la reconstruction tout en déplaçant l’initiative de l’AP vers l’ONU.

Omar Shaban, octobre 2014 : les promesses pour Gaza restent insuffisantes sans assouplir le blocus et faciliter le décaissement.

Avec la clôture de la conférence des donateurs tenue au Caire le 12 octobre 2014, qui s’est achevée par des engagements financiers atteignant 5,4 milliards de dollars, dont la moitié a été consacrée à la reconstruction de la bande de Gaza, les Palestiniens de la bande de Gaza attendent le début du processus de reconstruction, qui constituera un tournant marquant dans l’amorce de la fin de leurs souffrances. La bande de Gaza est soumise à un blocus israélien depuis 2007, avec un allègement notable à partir du milieu de l’année 2010, et a été exposée durant cette période à trois guerres, la dernière ayant duré 51 jours et ayant été la plus sévère en termes d’ampleur des destructions qu’elle a causées par rapport aux précédentes. Les habitants de la bande de Gaza attendent de la conférence des donateurs qu’elle alloue des fonds suffisants pour traiter les destructions et lever le blocus politique et économique.

## Le plan de l’Autorité palestinienne pour la conférence des donateurs au Caire

Dans un document rédigé dans un anglais soutenu, composé de 76 pages et présenté dans une excellente forme linguistique et technique, l’Autorité nationale a présenté à la conférence des donateurs tenue au Caire le 12 octobre 2014 un plan de reconstruction de la bande de Gaza d’un coût atteignant 4,030 millions de dollars. Le plan comportait quatre axes :

· Protection sociale : un budget de 701 millions de dollars lui a été alloué, comprenant la protection sociale, les services de santé, l’éducation et les organisations de la société civile.

· Infrastructures : un budget de 1,911 milliard de dollars lui a été alloué. Il couvre les coûts d’enlèvement des débris résultant des destructions, estimés à 2,5 millions de tonnes, ainsi que les secteurs de l’énergie, de l’eau, des routes et du logement.

· Développement économique : un budget de 1,235 milliard de dollars lui a été alloué, comprenant les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de l’industrie, les services commerciaux, les programmes d’emploi pour les chômeurs et le renforcement de l’investissement.

· Gouvernance et institutions de l’État : un budget de 183 millions de dollars leur a été alloué. Il comprend l’amélioration de la performance des institutions gouvernementales et du secteur municipal, ainsi que l’État de droit.

L’Autorité palestinienne a saisi l’occasion de la conférence des donateurs consacrée à l’examen de la reconstruction de la bande de Gaza pour demander un financement destiné au soutien du budget et au financement de projets stratégiques. Le plan de l’Autorité nationale présenté à la conférence comprenait ce qui suit :

· Quatre milliards de dollars pour la reconstruction de la bande de Gaza.

· Quatre milliards et demi de dollars supplémentaires pour soutenir le budget de l’Autorité palestinienne au cours des trois prochaines années 2015, 2016 et 2017.

· 7 milliards de dollars pour financer la mise en œuvre de projets à long terme, dont la reconstruction de l’aéroport de Gaza et de son port ainsi que leur mise en service, la construction d’une grande station de dessalement de l’eau, en plus de l’exploitation des deux gisements de gaz au large de Gaza.

Il sera très difficile pour la conférence des donateurs, qui ne dure qu’une seule journée, de mobiliser une somme énorme atteignant 15,5 milliards de dollars, dans le contexte de la crise financière qui continue de frapper certains pays d’Europe et d’Amérique, de l’éclatement de conflits sanglants et de catastrophes humanitaires dans plusieurs régions du monde, et des craintes des pays donateurs que leurs dons antérieurs aient été réduits à néant, la dernière guerre ayant détruit de nombreuses structures d’infrastructure auparavant reconstruites grâce à leurs fonds. De même, les parties donatrices attendent l’activation de l’action du Gouvernement d’union nationale dans la bande de Gaza comme condition essentielle à l’octroi des dons.

## La philosophie de conception et de mise en œuvre du plan de l’Autorité

Le plan de l’Autorité palestinienne lie entre elles trois phases d’interventions, ce qui constitue un lien logique, puisque le travail s’effectuera en parallèle sur trois axes :

1- La phase de secours d’urgence, qui comprend des interventions rapides et à court terme. Un montant de 414 millions de dollars lui a été alloué.

2- La phase de relèvement précoce, qui correspond à des interventions à moyen terme, d’un mois à 12 mois. Un montant de 1,184 milliard de dollars lui a été alloué.

3- La phase de reconstruction et de développement, qui se poursuivra durant plusieurs années. Un montant de 2,432 milliards de dollars lui a été alloué.

Le plan détermine le type d’interventions et estime les fonds nécessaires à partir d’une perspective de traitement et de réponse aux besoins, et non à partir d’une perspective de réalisation d’objectifs de développement précis ; autrement dit, il adopte une planification ascendante, et non une approche fondée sur la question : « Où voulons-nous être ? Et comment y parvenir ? » Le plan propose par exemple la réhabilitation et la reconstruction de 60 000 unités de logement, réparties comme suit : 10 000 maisons (destruction totale), 10 000 maisons (destruction partielle importante) et 40 000 maisons (destruction partielle légère), mais sans aborder les résultats attendus sur l’économie macroéconomique si ces propositions sont mises en œuvre. Ainsi, le plan manque de critères de mesure des progrès et de réalisation des objectifs.

## Mobiliser des fonds peut être plus facile que les dépenser

Il semble que l’histoire se répète : obtenir les fonds des donateurs sera plus facile que les dépenser. La conférence des donateurs de Charm el-Cheikh, en mars 2009, avait en effet affecté d’importants fonds à la reconstruction de Gaza après la première guerre israélienne de 2008 et 2009, mais elle n’a déployé aucun effort notable pour lever le blocus, ce qui a maintenu la plupart des engagements des donateurs à l’état d’encre sur le papier et prolongé les souffrances des personnes touchées pendant plusieurs années par la suite.

Cette fois-ci, le gouvernement israélien a commencé à accorder des facilités notables, même avant la tenue de la conférence des donateurs. Il a autorisé l’entrée de matériaux de construction pour certaines institutions internationales, et a permis aux ministres du Gouvernement d’union d’entrer dans la bande de Gaza le jeudi 9 octobre, jour qui coïncidait avec une fête très sacrée pour les Juifs, ce qui a constitué un signal important de l’approbation par Israël de la réconciliation nationale. De même, le gouvernement israélien a annoncé son accord pour l’entrée de milliers de travailleurs de Gaza et d’ailleurs afin de travailler sur son territoire. Certes, il s’agit de facilités notables par rapport à la situation de blocus sévère imposée depuis 2007, mais elles restent insuffisantes pour répondre aux exigences de la reconstruction. Les Nations unies, par l’intermédiaire de leur envoyé pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Robert Serry, ont également élaboré un mécanisme détaillé permettant à un comité tripartite composé des Nations unies, de l’Autorité palestinienne et de l’armée israélienne d’exercer un contrôle total sur les matières premières nécessaires, avec l’installation de caméras de surveillance sur les entrepôts de matières premières et le suivi du trajet de chaque camion transportant des matières premières, dans le but de s’assurer que le Mouvement Hamas n’en obtiendra aucune pour les utiliser dans la construction de tunnels ou la remise en état de ses équipements militaires. Ce mécanisme n’a pas été rendu public jusqu’à présent, ce qui renforce les doutes qu’il a suscités. Certains rapports ont indiqué que ce mécanisme signifiait que les Nations unies avaient codifié et légitimé le blocus israélien de Gaza, au lieu d’œuvrer à sa levée, comme le prévoit leur Charte. Il est certain que le mécanisme proposé par les Nations unies, qui comprend le recrutement d’une énorme armée d’experts étrangers allant de 25 à 400 experts, représentera une lourde charge financière, sécuritaire et administrative, ce qui prolongera le processus de reconstruction pendant de longues années. Ce mécanisme fait des Nations unies le chef de file du processus de reconstruction, à la place de l’Autorité palestinienne, et les Palestiniens de la bande de Gaza loueront les Nations unies au lieu d’être reconnaissants envers leur Autorité nationale.

Thème : Gaza Reconstruction — Donor pledges · rehabilitation · reconstruction — Texte © Al-Monitor — archivé ici avec attribution à la source. — Source d'origine

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