Proposition fondatrice d'un conseil collaboratif réunissant acteurs palestiniens, donateurs internationaux et société civile pour gérer la reconstruction de Gaza avec transparence et responsabilité — à l'abri des divisions politiques et en garantissant une véritable appropriation locale.
Constat : La reconstruction de Gaza est estimée à plus de 50 milliards de dollars sur dix ans — un montant qui exige un mécanisme de gouvernance multilatérale pour en assurer l'efficacité.
Les expériences de reconstruction dans les zones post-conflit démontrent de manière constante que l'absence d'un cadre de gouvernance multilatéral conduit à une fragmentation des efforts et à une dépendance structurelle durable. L'étude du Brookings Institution sur Haïti (2012) a documenté comment plus de 13 milliards de dollars d'aide ont échoué en raison de l'absence d'un cadre de coordination.
Cette idée s'inspire du Plan Marshall et de l'initiative de financement du développement du Rwanda — en adaptant ces modèles au contexte palestinien spécifique qui comprend l'occupation et les complexités du droit international.
Recommandations
Constituer un conseil consultatif fondateur avec des représentants des factions palestiniennes, de la société civile et des donateurs internationaux — nommé dans les 90 jours suivant la cessation des hostilités.
Adopter une charte fondatrice définissant le mandat du Conseil, le processus décisionnel et les procédures de règlement des différends.
Créer une unité d'audit indépendante publiant des rapports au moins trimestriellement, avec le pouvoir de suspendre tout projet soupçonné de corruption.
Séparer le financement de la reconstruction de l'aide humanitaire d'urgence, avec interdiction de transferts entre les deux sans approbation du Conseil.
Adopter le principe « reconstruire mieux » avec des exigences intégrées de résilience climatique dans chaque projet d'infrastructure.
Lier le décaissement des fonds à des indicateurs de performance mesurables incluant les ratios d'emploi local et la qualité des constructions.
Mettre en place un système d'information ouvert et accessible au public, suivant chaque projet du financement à la mise en œuvre.
Cadre pour une administration transitionnelle technocratique à Gaza après le conflit, visant à réunifier les institutions, assurer une légitimité pluraliste et préparer un chemin crédible vers des élections.
Constat : Une gouvernance transitionnelle réussie exige légitimité, compétence technique et appui international — avant toute élection précipitée.
Aborder « le lendemain » à Gaza exige du réalisme politique. Les modèles transitionnels réussis — de l'Allemagne d'après-guerre au Timor oriental en passant par l'Afrique du Sud — montrent qu'une gouvernance transitionnelle efficace requiert trois conditions : une légitimité suffisante, une compétence technique et un appui international.
La recherche de l'Arab Reform Initiative menée par Shaban (janvier 2025) révèle que les Gazaouis veulent un gouvernement national de compétence englobant toutes les factions, et non un gouvernement monolithique.
Recommandations
Nommer un comité technocratique provisoire de 15 à 20 personnalités palestiniennes indépendantes par consensus national et régional dans les trois mois suivant la cessation des hostilités.
Préparer une charte de gouvernance transitionnelle (18-24 mois) précisant les pouvoirs et les étapes vers les élections.
Créer une unité de liaison communautaire directe pour assurer une réponse rapide et éviter un déficit de confiance avec la population.
Lancer un dialogue national global avec médiation internationale — incluant le Hamas, le Fatah et toutes les factions — pour élaborer un accord de réconciliation contraignant.
Coordonner avec l'ONU, l'Égypte, la Jordanie et les principaux États arabes pour assurer un soutien régional aux dispositifs sécuritaires transitionnels.
Instituer des tribunaux spécialisés pour les affaires de corruption et de violations, avec garanties d'indépendance judiciaire.
Vision pour reconstruire l'économie de Gaza au-delà de l'aide humanitaire : emploi local, infrastructures productives, accès commercial et politiques qui réduisent la dépendance structurelle.
Constat : Une relance économique durable à Gaza exige plus que l'aide — accès commercial, emploi local et politiques réduisant la dépendance structurelle.
L'économie de Gaza n'a jamais été normale avant la guerre. Dix-sept ans de blocus l'ont transformée en économie de rente dépendant de l'aide pour plus de 80 % de ses revenus. Le chômage a atteint 47 % en 2023 — le plus élevé au monde — puis a bondi à plus de 80 % après la guerre. Le PIB a reculé de 84 % en un an (Banque mondiale 2024).
Cela signifie que la reconstruction économique consiste à bâtir une économie fondamentalement différente — et non à restaurer le statu quo d'avant-guerre.
Recommandations
Élaborer un plan économique global de dix ans pour Gaza, approuvé par un conseil conjoint de donateurs, de l'Autorité palestinienne et du secteur privé gazaoui.
Créer un fonds de garantie de crédit pour les PME avec un capital d'au moins 500 millions de dollars.
Rétablir l'accès au port d'Ashdod ou ouvrir le port maritime proposé pour Gaza sous supervision internationale dans la première année suivant le cessez-le-feu.
Offrir des incitations fiscales et des garanties juridiques aux investisseurs de la diaspora, avec un « bureau d'investissement de la diaspora » dédié.
Lancer un programme d'alphabétisation financière et numérique visant 100 000 jeunes Gazaouis en trois ans.
Imposer des exigences de contenu local (minimum 30 %) dans les contrats de reconstruction pour employer ingénieurs et ouvriers gazaouis.
Établir une zone industrielle qualifiée (QIZ) à Gaza offrant un accès préférentiel aux marchés américain et européen.
Proposition d'un accès maritime sécurisé et d'un port commercial pour Gaza comme levier de développement économique, de souveraineté matérielle et d'intégration régionale.
Constat : Un accès maritime sécurisé pourrait transformer Gaza d'une économie assiégée en plateforme commerciale régionale — s'il est lié à un cadre sécuritaire et de développement clair.
Gaza possède un littoral de 40 kilomètres — et pourtant est privée de tout accès maritime commercial depuis 2006. Les accords d'Oslo garantissaient explicitement à Gaza le droit à un port maritime, mais le blocus a annulé ce droit tant sur le plan juridique que pratique.
L'étude de Shaban pour le Cairo Review (2022) estime qu'ouvrir un port maritime pourrait générer plus de 35 000 emplois directs et indirects et augmenter le PIB de plus de 15 % par an. L'expérience du port d'Ashdod démontre qu'une supervision sécuritaire internationale est réalisable.
Recommandations
Lancer immédiatement des négociations médiées par l'UE et l'ONU pour ouvrir le corridor maritime de Gaza dans le cadre de tout accord de cessez-le-feu.
Former une autorité d'exploitation provisoire internationale-palestinienne conjointe pour le port pendant la phase transitionnelle, avec des garanties sécuritaires transparentes.
Établir une liste de « marchandises prioritaires » (aliments, médicaments, équipements de construction, énergie solaire) autorisées à l'importation immédiate en première phase.
Mettre en place un système électronique de suivi des cargaisons avec accès direct pour les observateurs internationaux — afin d'éliminer tout prétexte sécuritaire.
Lier l'ouverture du port aux investissements du fonds de reconstruction pour développer l'infrastructure nécessaire à une exploitation complète.
Lancer une piste de négociation parallèle pour l'élargissement de la zone de pêche maritime avec des garanties internationales contraignantes.
Passer d'une logique d'aide à un véritable partenariat économique avec l'Union européenne : commerce, investissement, énergie et consolidation institutionnelle.
Constat : L'UE apporte un soutien substantiel à la Palestine — mais un véritable partenariat économique pourrait multiplier l'impact via le commerce et l'investissement.
L'Union européenne est le premier donateur et partenaire commercial de la Palestine — et pourtant cette relation reste prisonnière d'un modèle d'aide plutôt que d'un véritable partenariat économique. La Commission européenne a documenté comment les opportunités manquées se chiffrent en milliards d'euros en raison de règles d'origine défavorables et de l'absence d'accord commercial structurant.
Shaban affirme dans ses travaux sur les relations Europe-Palestine que l'UE dispose d'instruments économiques puissants encore inactivés — et que le passage de « l'aide » à « la partenariat » est la véritable clé d'un développement palestinien durable.
Recommandations
Lancer les négociations d'un accord de partenariat UE-Palestine (EPPA) sous l'égide de la Commission européenne, avec la participation des chambres de commerce palestiniennes.
Modifier les règles d'origine européennes pour garantir un accès commercial complet aux produits palestiniens, en excluant explicitement les produits des colonies.
Créer un fonds d'investissement conjoint UE-Palestine d'au moins un milliard d'euros, axé sur les infrastructures et l'énergie solaire.
Ouvrir les programmes européens d'enseignement supérieur et de recherche (Horizon Europe, Erasmus) aux étudiants et chercheurs palestiniens.
Instituer un mécanisme de règlement des différends commerciaux permettant aux exportateurs palestiniens de contester les restrictions imposées.
Lier les incitations économiques européennes à une trajectoire claire vers la création d'un État palestinien selon un calendrier contraignant.