Publication
Omar Shaban Ismail · Center for International Policy · 2025
Un commentaire publié en janvier 2025 par le Center for International Policy analysant l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas — ses dimensions politiques, l'équilibre des engagements de chaque partie, le rôle des médiateurs, le Qatar et l'Égypte, et les défis structurels liés à sa mise en œuvre. Shaban évalue si les termes de l'accord sont durables ou susceptibles de s'effondrer sous le poids du non-respect israélien.
Un commentaire publié en janvier 2025 par le Center for International Policy analysant l'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas — ses dimensions politiques,…
Une lecture de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas – dimensions et défis
Omar Shaban est le fondateur et directeur de Palthink for Strategic Studies et le premier Leahy Fellow au Center for International Policy.
Le 19 janvier 2025, Israël et le Hamas ont annoncé un cessez-le-feu, dans le but de mettre fin à un cycle dévastateur de conflit à Gaza qui a duré près de 15 mois, dans des contextes internationaux et régionaux complexes et au milieu d’intérêts divergents. Au moment de la publication, les deux parties doivent discuter des modalités de mise en œuvre des deuxième et troisième phases de l’accord, sans garantie de succès ni d’application à long terme. Bien que l’accord ait été décrit comme une étape vers l’apaisement, il ne représente pas encore une solution définitive au conflit. Il peut plutôt s’inscrire dans une stratégie de long terme visant à remodeler le paysage politique et militaire à Gaza et dans la région.
Les déclarations officielles successives des parties internationales et des médiateurs montrent que l’accord contient encore une ambiguïté dans ses termes, ce qui soulève des questions quant à sa viabilité et à ses perspectives de mise en œuvre.
Les déclarations américaines indiquent que la guerre n’est pas encore terminée : malgré l’annonce de l’accord comme une première étape vers l’apaisement, les déclarations de la future administration Trump, exprimant les intentions israéliennes, révèlent des objectifs cachés au-delà du cessez-le-feu, comme par exemple les déclarations du nouveau conseiller à la sécurité nationale de Trump, Michael Waltz. Il a déclaré que la démilitarisation complète de Gaza et la destruction du Hamas demeuraient des objectifs, et que la guerre pourrait reprendre une fois les otages israéliens et américains libérés. Il est allé encore plus loin en déclarant : « Si le Hamas viole cet accord, nous soutiendrons Israël à 100 % pour reprendre la guerre. »
Ambiguïté sur le sort des dirigeants militaires : les clauses du cessez-le-feu relatives au traitement médical, qui font référence au départ quotidien de 50 soldats blessés accompagnés de trois escortes par le point de passage de Rafah, avec l’approbation d’Israël et de l’Égypte, devront être suivies de près et de manière transparente, car cela pourrait potentiellement servir de couverture à l’expulsion de dirigeants militaires et politiques du Hamas hors de la bande de Gaza.
Cette condition a déjà été avancée par Israël et les États-Unis dans le cadre de tout règlement. En l’absence de transparence, il apparaît que l’accord pourrait inclure des arrangements secrets qui sauvent la face du Hamas tout en servant les objectifs stratégiques israéliens et américains. Cela soulève la question de la capacité des différentes puissances à imposer une telle clause au Hamas à l’intérieur de la bande de Gaza, alors que celui-ci a fait des déclarations successives sur son refus de quitter la bande de Gaza sous quelque justification que ce soit.
Consensus de dernière minute : concessions mutuelles ou tactique intérimaire ? L’annonce d’une série de résolutions de dernière minute des différends entre Israël et le Hamas, ainsi que la réunion imminente du cabinet israélien pour approuver l’accord, indiquent de fortes pressions régionales et internationales pour garantir la mise en œuvre de l’accord. Mais la nature de ces concessions reste floue, alimentant les spéculations selon lesquelles certaines clauses non déclarées pourraient être plus influentes que celles qui ont été annoncées.
Ambiguïté dans les étapes ultérieures : l’accord est divisé en plusieurs phases, mais les détails des deuxième et troisième phases (tels que la reconstruction, le retrait complet et le cessez-le-feu final) demeurent vagues et soumis à de nouvelles négociations. Cela ouvre la voie au report de ces éléments essentiels, si tout cela est subordonné à la capacité du Hamas à mettre en œuvre tout ce qui est contenu dans les dispositions de la première phase, c’est-à-dire qu’il existe une épreuve sévère pour le Hamas afin de gagner la confiance des médiateurs, en particulier des États-Unis, lors de la première phase. Les deuxième et troisième phases sont également semées de nombreux obstacles, avec des divergences fondamentales de perception entre Israël et le Hamas.
Israël indique clairement que, dans le cadre des négociations de la phase II, il ne sera possible de mettre fin à la guerre qu’aux conditions suivantes :
Libérer tous les otages.
Les dirigeants du Hamas acceptent l’exil (via une sortie sécurisée) vers un pays tiers.
Accepter de démanteler ses capacités militaires.
Éviter toute participation politique active sous la forme du Hamas à Gaza « le jour d’après ».
Selon des responsables israéliens, si le Hamas accepte ces conditions, Israël n’aura pas à reprendre les combats, mais s’il les refuse — et en Israël on estime que le Hamas les refusera — il existe une forte probabilité de reprise des combats.
Absence de garanties réelles : l’accord manque de mécanismes de supervision véritables et contraignants pour garantir sa mise en œuvre transparente, ce qui le rend vulnérable aux violations de la part de la partie la plus forte. Les déclarations américano-israéliennes liant la poursuite de la trêve à l’engagement du Hamas reflètent une dépendance à l’égard du rapport de force plutôt qu’à l’égard d’un cadre international ou juridique clair. Cette absence de garanties ouvre la voie à une interprétation par Israël des termes de l’accord d’une manière qui sert ses intérêts sécuritaires et stratégiques, comme cela s’est produit lors d’expériences antérieures telles que les accords d’Oslo.
Exclusion de l’Autorité palestinienne : l’exclusion de l’Autorité palestinienne approfondit la division interne palestinienne et fait de l’accord un accord uniquement bilatéral entre les Israéliens et le Hamas. Cela prive l’accord de toute légitimité nationale globale et affaiblit les chances de le transformer en un véritable règlement politique.
Politique intérieure israélienne : les divergences internes en Israël se font actuellement fortement sentir entre Netanyahu et la droite menée par Smotrich et Ben Gvir, ce dernier ayant démissionné en raison de la signature de l’accord entre le Hamas et Israël et ayant posé comme condition à son retour au gouvernement l’engagement de Netanyahu à reprendre les combats à Gaza après la première phase.
Cela remet en question la capacité de Netanyahu à maintenir le gouvernement. Bien qu’il soit envisagé de prendre en compte les promesses de l’opposition d’assurer un filet de sécurité au cas où l’extrême droite se retirerait du gouvernement, Netanyahu sait parfaitement que le bloc de l’opposition dirigé par Yair Lapid ne s’emploiera à sauver le gouvernement que jusqu’à l’achèvement de l’accord, puis qu’il se retirera à la première occasion afin de faire tomber le gouvernement Netanyahu. L’opposition cherche également le pouvoir pour elle-même et, pour ce faire, elle doit faire tomber le gouvernement afin d’aller aux élections et de rivaliser pour la majorité parlementaire. Ces dynamiques montrent que la politique intérieure pourrait jouer un rôle décisif dans la détermination de l’avenir d’un accord. Netanyahu pourrait recourir à la perturbation ou à la réinterprétation de l’accord comme moyen de renforcer sa position politique intérieure.
L’accord actuel s’apparente davantage à une déclaration de principes qu’à un règlement permanent, puisque sa poursuite dépend de l’engagement des parties à mettre en œuvre sans heurts la première phase. Ce n’est que la première étape d’une série de phases mystérieuses. Ce qui est perçu comme un cadre inachevé.
L’accord manque de garanties claires de mise en œuvre et de mécanismes efficaces de supervision internationale. Cela reflète la poursuite, par Israël, d’une politique consistant à exploiter les accords comme des outils de gestion des négociations et du conflit, et non pour le résoudre.
L’exclusion des autres partis palestiniens menace de transformer l’accord en « trêve temporaire » et l’absence de toute dimension nationale globale rend plus difficile la réalisation d’une paix durable.
L’annonce de l’accord depuis Doha et non Le Caire reflète une concurrence régionale entre les médiateurs, en particulier une compétition pour le rôle régional attendu dans la stratégie américaine pour la région, laquelle pourrait exclure la partie qui ne semble pas avoir beaucoup d’influence pour imposer ses conditions ou exercer une influence sur le Hamas. Cette rivalité pourrait affaiblir la coordination et accroître la fragilité de l’accord, en particulier avec la possibilité de clauses non déclarées et l’ambiguïté des deuxième et troisième phases, ce qui pourrait refléter des divergences d’intérêts entre les parties régionales.
Les récentes déclarations de Trump sur l’avenir de la bande de Gaza, tant en ce qui concerne l’autorité qui devrait en avoir le contrôle politique que le sort des Palestiniens de Gaza durant la reconstruction, pourraient compromettre la mise en œuvre de l’accord à ses étapes ultérieures. Cela pourrait également provoquer une crise dans des pays voisins comme la Jordanie et l’Égypte, parties prenantes essentielles pour que la désescalade ait lieu.
Le sentiment de la détermination américaine et du rôle de l’administration Trump et de Biden dans l’élaboration de l’accord passe par : – L’équilibre entre les deux administrations américaines. L’accord n’est pas le produit des efforts d’une seule administration, mais une combinaison de multiples facteurs, notamment la pression internationale sur Israël après la catastrophe humanitaire à Gaza, et le rôle des médiateurs régionaux tels que le Qatar et l’Égypte. – Biden : une diplomatie discrète. L’administration Biden a œuvré à la poursuite des efforts par les canaux diplomatiques, en tirant parti des relations avec les médiateurs (Qatar et Égypte). Les déclarations de Biden sur la poursuite du cessez-le-feu durant les deuxième et troisième étapes des négociations, même si la durée de la première phase dépasse le délai spécifié, montrent la volonté de l’administration d’éviter l’effondrement de l’accord.
Trump s’appuie sur une politique de « gros bâton », comme le montrent ses déclarations et celles de ses conseillers, qui témoignent d’un soutien illimité à Israël en cas de reprise de la guerre. Mais d’un autre côté, c’est une pression indirecte qui a poussé les parties vers l’accord, et Trump lui-même se dit fier que sa présence soit ce qui a poussé cet accord à se cristalliser, sans parler de sa détermination personnelle face aux exigences de l’apaisement au Moyen-Orient, et du fait qu’il a des projets plus vastes dans la région, lesquels sont soumis à un partenariat stratégique avec l’Arabie saoudite et le Golfe, ainsi qu’à la normalisation avec Israël, afin de se consacrer au grand projet économique et de rivaliser avec la prochaine Chine, qui est l’objectif principal qu’il ne gère pas dans les étapes à venir, et il n’a pas le temps d’épuiser l’Amérique, financièrement ou militairement, dans de futures guerres ; la paix économique dépend du calme au Moyen-Orient. Face à la concurrence de la Chine.
Comme l’accord n’est pas le produit des efforts d’une seule administration mais d’une combinaison de multiples facteurs, notamment la pression internationale sur Israël après la catastrophe humanitaire à Gaza, et le rôle des médiateurs régionaux tels que le Qatar et l’Égypte, cela signifie que l’accord de cessez-le-feu est très probablement durable. L’accord de cessez-le-feu bénéficie d’un soutien régional et international.
La diplomatie discrète de Biden : l’administration Biden a œuvré à la poursuite des efforts par les canaux diplomatiques, en tirant parti des relations avec les médiateurs (Qatar et Égypte). Les déclarations de Biden sur la poursuite du cessez-le-feu durant les deuxième et troisième étapes des négociations, même si la durée de la première phase dépasse le délai spécifié, montrent la volonté de l’administration d’éviter l’effondrement de l’accord.
La politique de pression maximale de Trump : Trump s’appuie sur une politique de « gros bâton », comme le montrent ses déclarations et celles de ses conseillers, qui témoignent d’un soutien illimité à Israël en cas de reprise de la guerre. Mais d’un autre côté, c’est une pression indirecte qui a poussé les parties vers l’accord, et Trump lui-même se dit fier que sa présence soit ce qui a poussé cet accord à se cristalliser, sans parler de ses intérêts personnels et de sa détermination face aux exigences de l’apaisement au Moyen-Orient, et du fait qu’il a des projets plus vastes dans la région, lesquels sont soumis à un partenariat stratégique avec l’Arabie saoudite et le Golfe. Il existe également la perspective d’une poursuite de la normalisation arabe avec Israël, qu’il a affirmé à plusieurs reprises avoir intérêt à développer.
Le désir de l’administration Trump de voir revenir l’Autorité palestinienne : des informations de presse ont suggéré que Trump rétablira l’Autorité nationale palestinienne pour administrer la bande de Gaza malgré l’opposition d’Israël. Des responsables de l’Autorité palestinienne ont déclaré que le président Trump a demandé à l’AP de contrôler les points de passage dans la bande de Gaza, lors d’un entretien avec le directeur général des points de passage de l’Autorité palestinienne, Nazmi Muhanna, et le procureur général du ministère des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Ayman Qandil, qui se sont rendus au Caire à la demande de Trump, afin de régler les détails de ce dossier et d’empêcher le Hamas ou toute autre partie d’en prendre le contrôle, et cela signifie que Trump a une vision concernant l’avenir de tout accord avec l’Arabie saoudite, qui conditionne la normalisation à une entente sur la solution de l’État palestinien et à la nécessité de son contrôle sur la bande de Gaza dans le cadre de tout accord à venir.
Cependant, les arrangements politiques au point de passage de Rafah restent dépendants des déclarations israéliennes sur le maintien d’une présence sécuritaire dans l’axe de Philadelphie, ce qui soulève des questions quant à ses intentions concernant un retrait complet ou un assouplissement du blocus de Gaza. Alors que le contrôle du point de passage peut demeurer controversé, les questions liées à l’aide humanitaire restent susceptibles d’être utilisées comme moyen de pression dans les étapes ultérieures. Dans le même temps, les commentaires ambigus et incendiaires de Trump sur un contrôle américain de la bande de Gaza pourraient également enhardir le gouvernement israélien et compromettre la tentative de l’Autorité de reprendre la gouvernance de l’enclave.
Bien que l’annonce de l’accord ait été faite à Doha plutôt qu’au Caire, malgré le rôle vital de l’Égypte, il existe des différences entre les positions des deux gouvernements. Le Qatar a un grand intérêt à garantir cet accord par tous les moyens, car il s’agit de sa première expérience en matière d’arrêt d’une guerre dans la bande de Gaza, ce qui lui confère une place importante dans tout arrangement futur au Moyen-Orient.
Le dossier palestinien représente historiquement une question importante pour l’Égypte, notamment à travers les interventions stratégiques précédentes dans ce dossier, puisqu’il s’agit d’un dossier de sécurité nationale égyptienne. Cela est particulièrement vrai pour la bande de Gaza, sans parler de son désir réel d’arrêter la guerre de quelque manière que ce soit, afin de rétablir ses pertes économiques et le retour de la navigation dans le canal de Suez, qui a été sévèrement affecté par le soutien au peuple palestinien approuvé par Ansar Allah (Houthis) au Yémen, lequel a visé des navires en mer Rouge, affecté la navigation dans le canal, et à son tour affecté de manière spectaculaire les revenus du canal. L’Égypte a pu prouver qu’elle demeure un acteur influent et fort dans ce dossier à travers le point de passage terrestre de Rafah, qui constitue la seule sortie de la bande de Gaza et est contrôlé par l’Égypte, l’une des conditions de l’accord de cessez-le-feu étant le retour à la gestion du point de passage de Rafah sous supervision égyptienne, et Israël ayant le droit de superviser les listes des blessés militaires voyageurs devant être soignés hors de la bande de Gaza.
Les prochaines démarches d’Israël et des États-Unis détermineront si les phases suivantes apportent un réel apaisement, ou si elles seront utilisées comme couverture pour une nouvelle escalade. Voici des recommandations qui, si elles étaient mises en œuvre, pourraient servir à maintenir le cessez-le-feu et à fournir un cadre pour une paix à long terme.
Impliquer toutes les parties palestiniennes : l’AP et l’OLP devraient être incluses dans toute négociation future afin de garantir le caractère inclusif de l’accord. À plus long terme, la réforme de l’AP et de nouvelles élections sont essentielles pour que l’AP soit perçue comme légitime et efficace.
Mise en place d’un mécanisme international de surveillance : nécessité d’un organisme international impartial pour superviser l’application des termes de l’accord et prévenir les violations.
Renforcement de la coordination régionale : pousser le Qatar et l’Égypte à coordonner leurs efforts afin d’éviter la concurrence et de parvenir à une véritable stabilité dans la médiation.
Reconstruire la confiance internationale : impliquer les Nations unies et les acteurs internationaux afin de garantir un cadre de négociation transparent et durable.
Affirmer l’intégrité territoriale de l’ensemble du territoire palestinien, y compris la bande de Gaza, comme partie d’un futur État palestinien.
Bien que l’accord soit considéré comme une opportunité de mettre fin à l’effusion de sang à Gaza, l’ambiguïté de ses termes et la poursuite des objectifs israéliens et américains de remodelage du paysage palestinien le maintiennent dans le cadre d’une trêve temporaire. L’absence de garanties internationales et l’approfondissement des divisions palestiniennes et régionales rendent l’avenir de l’accord tributaire d’équilibres politiques complexes qui pourraient à tout moment ramener la région au cycle de l’escalade.
Thème : Ceasefire & Peace Plans — Ceasefire · dimensions · challenges — Texte © Center for International Policy — archivé ici avec attribution à la source. — Source d'origine