Couverture médiatique
Sin Permiso · 2025-02-09
Les deux articles présentent le prétendu plan Trump pour Gaza comme une proposition fondée sur la prise de contrôle de la bande de Gaza et le déplacement de sa population, en soutenant qu’il est irréaliste sur les plans politique et pratique et qu’il méconnaît la signification historique et symbolique du déplacement pour les Palestiniens. Selon les textes, le simple fait d’avoir avancé ce plan a enhardi l’extrême droite israélienne, affaibli les alternatives politiques et diplomatiques, et accru le risque d’une reprise de la guerre tout en renforçant le Hamas au détriment de l’Autorité palestinienne.
Les deux articles présentent le prétendu plan Trump pour Gaza comme une proposition fondée sur la prise de contrôle de la bande de Gaza et le déplacement de sa population, en soutenant qu’il est irréaliste sur les plans politique et pratique et qu’il méconnaît la signification historique et symboli…
Le plan Trump pour Gaza
Meir Margalit
Pendant quelques semaines, depuis que le Département d’État a annoncé une prochaine rencontre entre le président des États-Unis et le Premier ministre israélien, j’ai attendu avec une très grande attente le voyage de Netanyahu à Washington et la proposition que Trump mettrait sur la table. Moi-même, comme tant d’autres, j’hésitais entre deux états d’esprit — l’un fondé sur la conviction que rien de bon ne peut être attendu de ce personnage, et l’autre soutenu par l’espoir que, cette fois, il nous surprendrait agréablement. Certes, un naufragé dans l’océan s’accroche à tout ce qu’il trouve pour ne pas succomber, mais nous avions aussi des raisons de croire que Trump peut mettre fin à cette folie : l’échange d’otages contre des prisonniers engagé en janvier dernier, nous le devons à Trump, ce qui nous donnait un indice que, peut-être cette fois, il serait disposé à mettre fin à tout ce calvaire. Une fois de plus, notre naïveté nous a coûté cher.
Le Trump qui se dessine dans son plan pour Gaza est plus déséquilibré que ce que nous pouvions supposer. L’idée de « prendre possession de la Bande », de déplacer 1,8 million d’habitants vers des pays arabes voisins, afin d’achever de détruire ce qui reste encore debout pour ensuite construire « la Riviera du Moyen-Orient » est si absurde, délirante et ridicule que je ne saurais dire s’il faut en rire ou en pleurer. Tous les termes méprisants que nous pourrions chercher pour définir ce plan dérisoire restent en deçà d’une telle absurdité. Il ne fait aucun doute que Trump n’a pas la moindre idée du poids symbolique que la notion de déplacement\transfert contient pour les habitants de Gaza, pour la plupart deuxième et troisième génération de la Nakba de 1948, et il ignore le concept vital dans la culture palestinienne de Sumud (l’attachement à la terre). Une fois encore, nous revenons à ce modèle si usé selon lequel Israéliens et Américains décident de ce qui est le mieux pour les Palestiniens, pour ensuite — après qu’ils ont rejeté ces propositions insolites — être accusés de saboter la paix.
Il faut être très, très déconnecté de la réalité pour présenter un plan aussi tiré par les cheveux, impossible à mettre en œuvre, étant donné qu’aucun pays arabe n’est disposé à accueillir des centaines de milliers de Gazaouis déplacés ; et que les habitants mêmes de Gaza ne sont pas disposés à abandonner leurs terres. Mais ce plan, aussi fantaisiste soit-il, a déjà provoqué deux réactions inquiétantes.
Premièrement, en Israël, la droite est euphorique, prend la promesse de Trump au pied de la lettre et affirme que les conditions sont désormais réunies pour renouveler son attaque militaire et achever ce qui a commencé il y a 15 mois, c’est-à-dire : la destruction totale de Gaza. Pour eux, le plan Trump représente une occasion de mener à son terme leur vision maximaliste d’expansion territoriale et d’annexion de la Cisjordanie. Les troupes nationalistes font déjà chauffer les moteurs pour reprendre les attaques une fois achevée cette première phase d’échange d’otages, tandis que la droite messianique prépare déjà ses valises pour se réinstaller dans la bande de Gaza. Il est inutile de dire que, si les bombardements se poursuivent, les probabilités de sauver vivants les personnes enlevées encore en captivité seront minimes. En somme, le plan Trump renforce les tendances les plus extrêmes au sein d’Israël et laisse le pays encore davantage piégé dans une guerre indéfinie.
Deuxièmement, à Gaza, face au mépris que représente le plan Trump, le Hamas n’a pas d’autre choix que de continuer à se battre, sachant qu’il en paiera un prix élevé, mais sentant aussi qu’il n’a plus rien à perdre. Car la seule manière d’arrêter la prochaine attaque palestinienne est de leur offrir un peu d’espoir, et ce que Trump a fait, c’est les pousser à un point de désespoir où il ne leur reste pas d’autre alternative que de continuer à se battre. Plus encore, cette humiliation ne fera pas seulement que renforcer la position intransigeante du Hamas, mais elle pourrait aussi radicaliser encore davantage des secteurs de la population qui, dans un autre contexte, pourraient chercher des alternatives différentes à la résistance armée. En écartant toute option viable pour l’avenir de Gaza et de ses habitants, le plan Trump renforce le narratif du Hamas selon lequel la seule voie qui reste est la guerre. En conséquence, nous pouvons nous attendre à une recrudescence du conflit, avec plus d’attaques, plus d’attentats et une spirale de violence qui éloignera toute possibilité d’accord.
Cette situation ne renforce pas seulement le Hamas qui, du moins en termes d’image, peut se positionner comme la seule faction disposée à sauver la dignité palestinienne, mais elle sape aussi davantage la légitimité de l’Autorité palestinienne (AP), qui perd en centralité, se retrouvant exposée comme un facteur faible et sans pertinence. Ce processus convient parfaitement à l’extrême droite israélienne, qui souhaite par-dessus tout user l’AP afin d’annexer ses terres et d’en finir pour toujours avec l’idée d’un futur État palestinien. Le plan Trump et le mépris envers toute solution politique viable renforcent la perception selon laquelle la voie diplomatique est morte, ce qui laisse à la population palestinienne davantage de raisons de se tourner vers la résistance armée. De cette manière, le Hamas devient le seul protagoniste capable de capitaliser la frustration et la fureur de la population palestinienne.
À ce stade des événements, la plus grande inquiétude qui me hante est l’avenir de la prochaine phase de l’échange de prisonniers, qui devra commencer le mois prochain. La seule formule qui permettrait de les libérer serait qu’Israël s’engage à mettre fin au siège et à se retirer des territoires occupés pendant la guerre, exigence inacceptable pour Israël, ce qui conduira à une recrudescence des opérations militaires. C’est ici qu’entre en jeu la possibilité que Trump fasse à nouveau pression sur Israël pour mettre fin à cette phase de la guerre, adopter la proposition de l’Arabie saoudite selon laquelle une force panarabe prendrait le contrôle de la bande de Gaza et commencerait sa reconstruction avec un financement de Riyad et du Qatar. De cette manière, Trump mise sur une grande manœuvre géopolitique, destinée à désescalader le conflit sans provoquer de panique dans la droite israélienne, puis à avancer dans la direction qui l’intéresse réellement, les 3 billions de dollars d’investissement saoudien dont il a tant parlé durant sa campagne électorale.
Cet épisode incarne un nouveau coup porté au mouvement pacifiste israélien. Une fois de plus, les États-Unis nous ont frustrés, et la droite israélienne a obtenu gain de cause. Il devient difficile de continuer à remonter la pente lorsque toutes les initiatives qui surgissent en chemin finissent par conduire à une impasse. Je ne saurais dire comment surmonter ce nouveau coup. Un dicton populaire dit que « quand un sot jette une pierre à la mer, pas même une douzaine de sages ne parviendra à la retirer ». Nous sommes loin d’être des « sages », mais même en ces moments de carrefour, je ne doute aucunement que nous devons continuer à nager à contre-courant.
Source : www.sinpermiso.info, 7 février 2025
Le dommage qu’a déjà causé le Plan Trump pour Gaza
Meron Rapoport
En septembre 2020, vers la fin de son premier mandat en tant que président, Donald Trump a supervisé la signature des Accords d’Abraham entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn sur la pelouse de la Maison-Blanche. Les accords, auxquels le Soudan et le Maroc seraient également parties dans les mois suivants, ont été proclamés comme des « accords de paix », mais il aurait été plus exact de les qualifier d’« accords visant à marginaliser le peuple palestinien ». Leur objectif n’était pas d’atteindre la paix — il n’y avait pas de guerre entre ces États au départ — mais d’établir une nouvelle réalité régionale dans laquelle la lutte pour la libération de la Palestine serait marginalisée et, à terme, oubliée.
Les quatre années et demie qui ont suivi ont été les plus sanglantes de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Six mois après la signature des accords, les forces israéliennes ont attaqué les fidèles pendant le Ramadan à la mosquée Al-Aqsa et se sont mobilisées pour expulser les familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem, déclenchant un déluge de roquettes du Hamas depuis Gaza et une éruption de violence intercommunale entre juifs (soutenus par des soldats et des policiers israéliens) et Palestiniens qui a submergé toute la terre entre la mer Méditerranée et le fleuve Jourdain pour la première fois depuis 1948. Les années 2022 et 2023 ont été marquées par un nombre record de Palestiniens tués par des soldats et des colons israéliens, ainsi que par une augmentation des attaques contre des Israéliens. Puis est arrivé le 7 octobre, preuve ultime que tenter de marginaliser la lutte palestinienne revient à ignorer la ligne de séparation sur une autoroute : cela se termine par une collision fatale.
Que Trump le comprenne ou non, le message de sa nouvelle approche est essentiellement le suivant : si nous ne pouvons pas passer outre les Palestiniens, nous allons les expulser. « J’ai entendu dire que Gaza leur a porté très malheur », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu au début de cette semaine, ajoutant que, par conséquent, il serait préférable que toute la population de la bande se déplace vers « un beau morceau de terre, frais et magnifique ».
L’un des premiers critères à l’aune desquels l’idée a été examinée est sa viabilité. Selon ce critère, elle échoue évidemment. Les chances que plus de 2 millions de Palestiniens, dont la plupart sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés de la Nakba de 1948, qui pendant 75 ans sont restés dans des camps de réfugiés à Gaza au lieu d’abandonner leur terre natale, acceptent maintenant de l’abandonner sont presque nulles.
La probabilité que des pays comme la Jordanie ou l’Égypte acceptent ne serait-ce qu’une fraction de cette population est tout aussi faible, car une telle mesure pourrait déstabiliser leurs régimes. Et l’idée que les États-Unis, après avoir mis fin aux occupations longues, coûteuses et meurtrières en Irak et en Afghanistan, seraient maintenant disposés à « posséder » Gaza, à la gouverner et à la développer semble tout aussi invraisemblable.
Mais ce plan est pire que la somme de ses parties. Même s’il n’avance pas d’un pouce, il a déjà eu un profond impact sur le discours politique juif-israélien. En fait, il serait peut-être plus exact de dire que la proposition de Trump a exploité un profond courant sous-jacent dans la société juive-israélienne.
Le président Donald Trump rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison-Blanche à Washington D.C., le 4 février 2025. (Liri Agami/Flash90)
Debout à côté de Trump lors de la conférence de presse, Netanyahu a été le premier à saluer l’initiative du président. « C’est le genre de pensée qui peut remodeler le Moyen-Orient et apporter la paix », a-t-il proclamé. Sans surprise, les dirigeants de la droite messianique d’Israël se sont eux aussi empressés d’exprimer leur propre allégresse face à la proposition, traitant la conférence de presse de Trump comme s’il s’agissait d’une révélation divine. Mais ils étaient loin d’être les seuls.
Benny Gantz, qui a démissionné du gouvernement en raison de l’orientation de la guerre à Gaza, a décrit le plan de transfert de Trump comme « créatif, original et intéressant ». Yair Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid, a qualifié la conférence de presse de « bonne pour Israël ». Yair Golan, dirigeant du parti de gauche sioniste Les Démocrates, s’est contenté de commenter le caractère impraticable de l’idée. C’était comme si les responsables politiques de tout l’éventail sioniste avaient simplement attendu le moment où le nettoyage ethnique recevrait un sceau d’approbation « Made in USA » avant de l’embrasser.
Ce poison ne sera pas purgé de la circulation sanguine d’Israël à court terme. Et les conséquences du nettoyage ethnique pourraient être catastrophiques pour toute la région.
## Il n’y a aucune incitation aux négociations
Même sans bottes américaines sur le terrain, le sentiment qu’Israël est tombé sur une occasion historique de vider la bande de Gaza de ses habitants palestiniens donnera un énorme élan aux revendications de Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, qui font pression sur Netanyahu pour exploiter le cessez-le-feu avant qu’il n’atteigne sa deuxième phase, conquérir Gaza et reconstruire les colonies juives dans la bande. Netanyahu, qui semblait quelque peu gêné par la franchise brutale de Trump, est lui aussi favorable à l’idée d’« amincir » la population de Gaza et pourrait très bien céder à ces exigences, surtout au milieu des craintes de se retrouver sans coalition.
Quant à l’armée israélienne, un haut responsable a été cité par le site d’information israélien Ynet qualifiant l’initiative de Trump d’« excellente idée ». Pendant ce temps, le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), l’organisme militaire chargé de superviser les affaires humanitaires à Gaza et en Cisjordanie, a déjà commencé à élaborer les plans. Si, par exemple, l’Égypte refuse de permettre que le poste-frontière de Rafah soit utilisé pour faciliter le nettoyage ethnique de Gaza, l’armée peut ouvrir d’autres itinéraires « par mer ou par terre, puis de là vers un aéroport afin de transférer les Palestiniens vers les pays de destination ».
Même si le cessez-le-feu progresse vers les phases deux et trois — tous les otages sont libérés, l’armée se retire de Gaza et un cessez-le-feu permanent est obtenu —, le plan de Trump ne disparaîtra pas de la politique judéo-israélienne. Quelle incitation un quelconque gouvernement ou parti aurait-il à faire pression en faveur d’un accord politique avec les Palestiniens si le public juif voit leur expulsion comme une alternative viable ? Chaque accord, chaque cessez-le-feu, pourrait en venir à être considéré comme rien de plus qu’une étape temporaire vers l’objectif final du transfert massif. Les possibilités d’une coopération politique judéo-palestinienne effective seraient considérablement réduites.
Et pourquoi s’arrêter à Gaza ? Il n’y a aucune raison particulière pour laquelle la proposition de Trump ne pourrait pas être étendue aux Palestiniens de Cisjordanie, une zone qu’il considère probablement elle aussi comme « très malheureuse » pour eux, ou à Jérusalem-Est, ou même à Nazareth.
Les drapeaux israéliens sont visibles dans le corridor de Philadelphie entre le sud de la bande de Gaza et l’Égypte, le 15 juillet 2024. (Oren Cohen/Flash90)
Dans la rue palestinienne, le plan de Trump ne fera que saper davantage toute notion de réconciliation avec Israël. Parfois avec enthousiasme, parfois à contrecœur, mais depuis les accords d’Oslo en 1993 (et même avant cela), la direction politique palestinienne a affirmé la possibilité de vivre aux côtés d’un État né à travers le déplacement massif et sur les ruines mêmes de son propre peuple en 1948. Certes, cela n’a jamais été clair ; il y a eu de nombreux obstacles, beaucoup de double discours et beaucoup d’opposition violente, surtout de la part du Hamas, mais cette approche est restée dominante pendant des décennies.
Une fois que le président américain propose le transfert comme solution au « problème palestinien », et une fois que tout Israël, de la droite religieuse-fasciste au centre libéral et même à la gauche sioniste, l’embrasse, le message adressé aux Palestiniens est clair : il n’y a aucune possibilité de compromis avec Israël et son protecteur américain, du moins sous leur forme actuelle, parce qu’ils sont déterminés à éliminer le peuple palestinien.
Cela ne signifie pas nécessairement que les masses palestiniennes se tourneront immédiatement vers la lutte armée, bien que ce soit une issue potentielle. Mais cela rendra certainement impossible pour tout dirigeant palestinien cherchant à parvenir à un accord avec Israël de conserver le soutien populaire. La légitimité de l’Autorité palestinienne est déjà au plus bas ; en réintégrant un processus politique avec Israël dans l’ombre du plan de Trump, elle ne fera que se détériorer davantage.
## Une recette pour une guerre régionale généralisée
Et le danger ne s’arrête pas là. Trump, dans son ignorance totale du Moyen-Orient (tout au long de la conférence de presse, il a déclaré à plusieurs reprises que « les Arabes comme les musulmans » bénéficieraient de la prospérité qu’apporterait son plan), a « régionalisé » la question palestinienne, voyant sa résolution non pas comme une question concernant des Juifs et des Palestiniens vivant entre le fleuve et la mer, mais en déchargeant cette responsabilité sur les États environnants. Non seulement il exige que l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et d’autres pays acceptent d’accueillir des centaines de milliers de Palestiniens sur leurs territoires, mais il leur demande aussi effectivement de signer l’enterrement de la cause palestinienne.
Une telle exigence constitue une menace directe pour les régimes du monde arabe. Le gouvernement jordanien craint qu’un afflux important de Palestiniens dans son royaume ne puisse provoquer sa chute en modifiant le délicat équilibre démographique du pays, qui penche déjà fortement en faveur des Palestiniens. Mais même dans d’autres pays ayant un lien moins direct avec la Palestine, la situation est tout aussi fragile. Il suffisait de regarder les chaînes d’information saoudiennes le jour de l’annonce de Trump pour comprendre le niveau de choc, de menace et de peur qui entourait cette mesure.
Quinze ans avant que l’OLP ne parvienne à un compromis historique avec l’État d’Israël, l’Égypte était arrivée à la conclusion qu’elle pouvait non seulement accepter l’existence d’Israël dans la région, mais qu’elle pourrait aussi en tirer profit, et elle a signé le traité de paix de 1979. La Jordanie a suivi son exemple, et il y a quatre ans et demi, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont adopté la même ligne de pensée. Même sans avoir officiellement normalisé ses relations avec Israël, l’Arabie saoudite, poids lourd régional, semble être parvenue à une conclusion similaire.
Mais l’entreprise de démolition de Trump, et l’acceptation instinctive d’Israël, pourraient indiquer aux régimes du Moyen-Orient, y compris à ceux qualifiés de « modérés » (qui, en réalité, sont souvent plus autocratiques que les autres), que le compromis est inutile. Cela suggère qu’Israël, grâce à sa puissance militaire et au soutien des États-Unis, croit pouvoir imposer n’importe quelle solution qu’il souhaite dans la région, y compris le déplacement forcé de millions de personnes hors de leur patrie et la négation de leur droit à l’autodétermination, presque universellement reconnu.
Au cours de l’année et demie écoulée, Israël ne s’est pas contenté des massacres de masse à Gaza et de la destruction de l’infrastructure nécessaire à la vie humaine. Il a également occupé certaines parties du Liban, et refuse de se retirer en violation de l’accord de cessez-le-feu ; et il a occupé certaines parties de la Syrie sans intention de partir prochainement. Cette réalité ne fait que renforcer l’impression qu’Israël a décidé qu’il pouvait établir un nouvel ordre au Moyen-Orient par la force, sans aucun accord et sans aucune négociation.
La guerre de 1973 a été la dernière fois qu’Israël a combattu les armées d’États souverains plutôt que des organisations militantes non étatiques, qui ont toujours été beaucoup plus faibles. Même si les manuels d’histoire israéliens affirment désormais qu’Israël n’a eu aucune responsabilité dans cette guerre, il ne fait aucun doute que l’Égypte et la Syrie l’ont déclenchée parce qu’elles se sont rendu compte qu’il n’y avait aucune possibilité de récupérer pacifiquement les territoires qu’Israël avait occupés en 1967.
La voie qu’Israël suit actuellement, sous l’influence de Trump, pourrait le conduire au même point, et amener ses voisins à conclure qu’Israël ne comprend que la force. En effet, Middle East Eye a cité des sources à Amman affirmant que la Jordanie est prête à déclarer la guerre à Israël si Netanyahu tente de transférer de force les réfugiés palestiniens sur son territoire.
Cela n’est pas inévitable, bien sûr. Cela dépend beaucoup du caprice de Trump et de sa détermination à aller de l’avant avec ses déclarations face à l’opposition mondiale. La résistance doit venir non seulement des Palestiniens, mais aussi des Juifs en Israël qui comprennent qu’ils n’ont pas d’avenir ici sans vivre dans l’égalité avec les habitants autochtones de cette terre. Elle pourrait aussi surgir sous la forme de nouvelles coalitions au Moyen-Orient et au-delà qui refusent d’accepter les diktats américains.
Ce qui est clair, c’est que les plans bellicistes de Trump, et la tentative pathétique d’Israël de surfer sur la vague, comportent le risque bien réel d’être affrontés par la force. Et ce serait désastreux pour tout le monde.
Source : https://www.972mag.com/trump-gaza-damage-israeli-society/
Traduction : Enrique García
L’opinion palestinienne sur le plan de nettoyage ethnique de TrumpMahmoud Mushtaha
Khaled Al-Dawoodi est assis par terre dans une pièce bondée de la maison de son voisin dans le sud de Gaza, regardant un écran de télévision granuleux. Un générateur ronronne en arrière-plan, et l’odeur du kérosène flotte dans l’air. Les informations diffusent un extrait du président Donald Trump debout aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et disant : « Nous allons prendre le contrôle de la bande de Gaza. Nous la posséderons. »
Al-Dawoodi secoue la tête. Sa maison a été bombardée il y a des mois par l’armée israélienne, et depuis, il a été contraint de se déplacer d’un refuge à l’autre avec sa femme et ses trois enfants. Il laisse échapper un rire sec. « Prendre Gaza ? Est-ce qu’ils ne l’ont pas déjà fait ? »
Les paroles de Trump, prononcées d’un ton désinvolte, ont provoqué choc et indignation dans le monde entier. Certains rejettent sa proposition comme un simple extrait sonore. D’autres mettent en garde contre les ramifications plus profondes pour la stabilité régionale. Les groupes de défense des droits humains y voient une violation flagrante du droit international.
Pourtant, à Gaza, la plupart des gens ont à peine cillé. Quinze mois de bombardements israéliens implacables et de siège ont laissé la bande en ruines. La faim est partout. Le système de santé s’est effondré. Même avec le cessez-le-feu, il y a toujours une grave pénurie d’eau propre et de carburant, et il n’y a aucune issue.
En outre, les Palestiniens entendent ce type de discours depuis des générations : des déclarations de dirigeants israéliens et occidentaux qui traitent notre terre et nos vies comme quelque chose qui se négocie, nous est retiré ou est complètement effacé de la carte. L’idée de « posséder » Gaza n’est pas seulement une déclaration politique absurde, elle représente la dernière itération d’une campagne centenaire visant à effacer l’existence palestinienne.
D’un point de vue juridique, les paroles de Trump s’inscrivent dans un schéma plus large de violations du droit international de la part des États-Unis et d’Israël. Le transfert forcé d’une population civile est un crime de guerre, tandis que des experts juridiques affirment que les actions d’Israël au cours des 15 derniers mois (bombarder des maisons, pousser les gens vers la frontière sud, restreindre l’aide pour imposer la famine) répondent déjà aux critères du nettoyage ethnique et du génocide.
Les Palestiniens retournent à Jabalia au milieu du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, dans le nord de Gaza, le 19 janvier 2025.…
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