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L'« accord » de Trump pour les Palestiniens : répercussions et réponses

Omar Shaban Ismail · Al-Shabaka · 2020

La contribution d'Omar Shaban à une table ronde d'Al-Shabaka sur le « Deal of the Century » de Trump (2020). Il analyse le plan à travers les prismes de l'économie politique et de l'équilibre des forces, soutenant que les incitations économiques ne peuvent se substituer aux droits nationaux, et que les dispositions concernant Gaza équivalaient à une offre de reddition conditionnelle plutôt qu'à une proposition de paix sérieuse.

La contribution d'Omar Shaban à une table ronde d'Al-Shabaka sur le « Deal of the Century » de Trump (2020).

De nombreux habitants de la bande de Gaza ont exprimé leur rejet de l'« accord » de l'administration Trump, alors même qu'ils estimaient qu'il pèserait moins sur Gaza que sur la Cisjordanie et Jérusalem. De fait, ce sont les Palestiniens de l'enclave qui ont mené la mobilisation populaire contre l'accord, par de nombreuses manifestations de masse rassemblant des protestataires de tous milieux et confirmant leur condamnation du plan.

Les responsables politiques palestiniens ont eux aussi rejeté l'accord sans équivoque : le président Mahmoud Abbas, le Hamas et l'ensemble des formations politiques et armées de Gaza. Ces refus sont toutefois restés cantonnés aux communiqués de presse et aux discours politiques. L'Autorité palestinienne (AP) s'est également adressée à plusieurs acteurs arabes, musulmans et internationaux pour leur signifier le rejet palestinien de l'accord.

Certains, comme l'ancien chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal, ont appelé l'AP à des mesures plus hardies : se retirer des accords d'Oslo, dissoudre l'Autorité et appliquer les nombreuses décisions prises par le Comité exécutif de l'OLP et par le Conseil national pour rompre les liens avec Israël et mettre fin aux obligations envers lui, en particulier en matière de coordination sécuritaire. Avant même que l'accord ne soit dévoilé, d'autres avaient dénoncé la position de certains régimes et responsables arabes qui invitaient les Palestiniens à attendre et à examiner le plan avant de le rejeter.

D'un autre côté, des habitants de Gaza ont déclaré sur les réseaux sociaux que l'accord pourrait apporter à la bande de meilleures solutions que la réalité douloureuse installée depuis quatorze ans : blocus, pauvreté, chômage, guerres successives et absence d'espoir. La dureté du siège et les conséquences de la division entre l'AP et le Hamas ont conduit des gens à juger qu'un accord aussi injuste serait peut-être moins rude que leur morne réalité.

De surcroît, malgré un rejet partagé du plan, les responsables de l'AP comme ceux du Hamas se sont mutuellement accusés d'une complicité tacite dans le « passage » de l'accord, ou de ne pas prendre de mesures sérieuses pour le faire échouer. Ces manœuvres ont gâché la possibilité d'un consensus palestinien. L'opinion palestinienne s'était auparavant montrée quelque peu optimiste devant l'accord des formations pourtant divisées, lorsqu'elles avaient toutes rejeté le plan et boycotté la conférence économique de Bahreïn en juin 2019. Ce refus ne s'est pourtant pas traduit par des pas concrets vers l'unification.

La division palestinienne a enhardi les États-Unis, qui ont supposé que la fragmentation du régime politique avait affaibli le soutien des acteurs arabes et musulmans. Tout en reconnaissant les effets catastrophiques de cette division, l'AP et le Hamas n'ont pris aucune mesure sérieuse pour y mettre fin. Abbas a certes annoncé l'envoi d'une délégation de l'OLP dans la bande de Gaza pour des pourparlers d'unité, mais la déclaration date de janvier et ne s'est toujours pas concrétisée.

L'accord de Trump impose d'élaborer une stratégie palestinienne garantissant une position nationale unifiée, inclusive et efficace, ainsi qu'un plan d'action qui ne soit ni faible ni extrême. En vérité, cet accord partial aurait pu être une bénédiction déguisée si les Palestiniens y avaient vu une raison de faire aboutir la réconciliation interne. Au lieu de quoi, les ressorts de la division sont plus puissants que ceux du refus. C'est une occasion de plus que l'ensemble du régime politique palestinien laisse échapper.

Thème : Palestinian Politics — Deal of the Century · Regional & International Politics — Texte © Al-Shabaka — archivé ici avec attribution à la source. — Source d'origine

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