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Middle East Eye · 2023-10-12
Middle East Eye rend compte des craintes qu’un couloir humanitaire vers l’Égypte ne vide Gaza de sa population. Omar Shaban explique que les hôpitaux sont dans un état très grave, que les centrales électriques et les usines d’eau se sont arrêtées, et que les Gazaouis n’accepteront pas d’être poussés vers le Sinaï : « Ils ne veulent pas répéter la seconde Nakba. »
Middle East Eye rend compte des craintes qu’un couloir humanitaire vers l’Égypte ne vide Gaza de sa population. Omar Shaban explique que les hôpitaux sont dans un état très grave, que les centrales électriques et les usines d’eau se sont arrêtées, et que les Gazaouis n’accepteront pas d’être poussé…
En réponse à l’attaque surprise menée par le Hamas pendant le week-end, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré que la réponse d’Israël allait « changer le Moyen-Orient ».
Les craintes grandissent parmi les Palestiniens de Gaza que ce changement puisse prendre la forme d’une répétition de la Nakba, le déplacement massif des Palestiniens de 1948, si des milliers de personnes fuient l’enclave assiégée et traversent vers l’Égypte.
Le Hamas a lancé samedi une attaque surprise sur plusieurs fronts contre des localités israéliennes, en tirant des milliers de roquettes et en envoyant des combattants en Israël par voie terrestre, aérienne et maritime. Plus de 1 300 Israéliens ont été tués, et environ 130 personnes ont été emmenées captives à Gaza.
Les forces israéliennes ont répondu en déversant cette semaine un barrage de frappes aériennes sur la bande de Gaza, tuant au moins 1 350 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants.
Les discussions se sont intensifiées cette semaine autour de l’ouverture d’un corridor humanitaire entre l’Égypte et Gaza, afin de permettre aux civils d’échapper au bombardement incessant d’Israël.
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Le poste-frontière de Rafah entre l’Égypte et Gaza — le seul point d’entrée et de sortie de l’enclave assiégée — a été visé par trois frappes israéliennes distinctes en l’espace de 24 heures au début de cette semaine.
Les Palestiniens de Gaza insistent sur le fait que les autorités égyptiennes doivent utiliser le passage de Rafah pour permettre à l’aide et aux ressources essentielles d’entrer à Gaza, en particulier après que l’électricité et l’eau ont été coupées par les autorités israéliennes lundi.
« Les hôpitaux sont dans une très, très mauvaise situation. Les installations d’électricité et d’eau à Gaza se sont arrêtées », a déclaré à MEE Omar Shaban, analyste basé à Gaza et fondateur de PalThink for Strategic Studies.
« Il n’y a pas de wifi. Il n’y a pas de nourriture sur le marché. Les prix augmentent », a-t-il noté, ajoutant qu’une assistance humanitaire via l’Égypte était essentielle.
L’Égypte a confirmé que, bien que les bombardements aient causé des dégâts au point de passage, celui-ci n’était pas complètement fermé.
« Il est possible que des Gazaouis désespérés puissent traverser la frontière, que l’Égypte le permette ou non »
- Rex Brynen, Université McGill
Washington a eu des discussions avec plusieurs pays sur l’idée de mettre en place un tel passage pour les civils. Le Caire aide activement à coordonner l’aide humanitaire via sa frontière, mais aurait jusqu’à présent rejeté la mise en place d’un corridor pour les réfugiés.
Le président Abdel Fattah al-Sissi a déclaré mardi qu’il n’y aurait « aucun compromis ni aucune négligence à l’égard de la sécurité nationale de l’Égypte en aucune circonstance ».
Mais les autorités égyptiennes savent que la situation est mouvante, et ont déjà commencé des préparatifs logistiques pour installer des tentes dans les villes du Sinaï de Sheikh Zuwayed et Rafah en cas d’exode massif de Palestiniens, selon un reportage de Mada Masr.
Citant des sources gouvernementales, le reportage ajoute que les Palestiniens ne seraient pas autorisés à entrer à Al-Arich, la plus grande ville de la péninsule du Sinaï, et seraient contraints de rester dans une zone tampon de 14 km.
La Nakba est l’un des événements clés de l’histoire moderne du Moyen-Orient et celui qui en est venu à définir le conflit israélo-palestinien depuis lors.
Également connue sous le nom de « la Catastrophe », elle a commencé fin 1947 et en 1948, avec l’avènement du nouvel État d’Israël.
La Palestine a fait partie de l’Empire ottoman pendant des centaines d’années jusqu’à sa prise par le Royaume-Uni à la fin de la Première Guerre mondiale (1914-1918).
La Société des Nations — précurseur de l’ONU — a accordé à la Grande-Bretagne un « mandat » sur la Palestine après la guerre, sans tenir compte des souhaits de la population palestinienne autochtone.
L’objectif de ces mandats était d’assurer « la fourniture d’une assistance et de conseils administratifs » aux populations autochtones jusqu’à ce qu’elles soient jugées capables de se gouverner seules en tant qu’États indépendants.
## Quel était le problème ?
Le Mandat britannique incorporait la Déclaration Balfour, envoyée par Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, à Lord Walter Rothschild, éminent membre de la communauté juive britannique, en 1917.
Elle promettait d’établir « en Palestine un foyer national pour le peuple juif », qui représentait à l’époque moins de 10 % de la population.
Pendant les années du mandat (1923-48), le Royaume-Uni a facilité l’immigration de Juifs européens vers la Palestine, multipliant par 10 leur population, de 60 000 à l’époque pré-mandataire à 700 000 en 1948.
Il a également formé, armé et approvisionné des groupes sionistes, et leur a permis un certain degré d’autonomie.
En revanche, la population palestinienne autochtone, qui rejetait l’immigration des Juifs européens et réclamait l’indépendance, a été violemment réprimée.
Le nombre de Juifs arrivant en Palestine depuis l’Europe et d’ailleurs a augmenté dans le sillage de l’Holocauste, qui a systématiquement pris pour cible les Juifs et d’autres groupes, entraînant la mort de plus de 6 millions de personnes.
En février 1947, la Grande-Bretagne a annoncé qu’elle mettrait fin au mandat et transmettrait la question de la Palestine aux Nations unies nouvellement créées.
L’ONU a adopté un plan de partage en novembre 1947, qui divisait la Palestine en deux parties : 55 % formeraient un État juif, tandis que 45 % constitueraient un État arabe. Jérusalem serait maintenue sous contrôle international.
Mais beaucoup soutiennent que le plan ne tenait pas compte des populations de l’époque.
En outre, des groupes paramilitaires juifs ont élaboré une stratégie visant à contrôler les frontières du nouveau territoire, appelée le Plan Dalet (ci-dessous).
Certains de leurs membres allaient ensuite devenir des dirigeants israéliens de premier plan, notamment Yitzhak Rabin (Premier ministre 1992-1995), Ariel Sharon (Premier ministre 2001-2006) et Moshe Dayan (ministre de la Défense 1967-1974).
Dans les semaines et les mois qui ont suivi, des milliers de Palestiniens ont été tués ou chassés de leurs foyers, et des communautés ont été déracinées par des groupes paramilitaires juifs.
Des Juifs ont également été tués par des groupes palestiniens, bien que pas dans les mêmes proportions.
Le 14 mai 1948, l’État d’Israël a été déclaré unilatéralement, un jour avant l’expiration officielle du Mandat britannique.
Le nouvel État avait porté sa part de la Palestine historique de 55 % à 78 %. Les 22 % restants étaient sous contrôle arabe.
Nombre des Palestiniens qui ont fui ou ont été chassés de leurs foyers ne sont jamais retournés en Palestine historique. Une grande partie de celle-ci correspond aujourd’hui à l’État moderne d’Israël.
Plus de 70 ans plus tard, des millions de leurs descendants vivent dans des dizaines de camps de réfugiés à Gaza, en Cisjordanie et dans les pays voisins, notamment la Jordanie, la Syrie et le Liban.
Beaucoup conservent encore les clés des maisons qu’eux-mêmes et leurs familles ont été contraints de quitter.
La Journée de la Nakba est désormais une date commémorative majeure dans le calendrier palestinien. Elle est traditionnellement marquée le 15 mai, au lendemain de la proclamation de l’indépendance israélienne en 1948.
Certains Palestiniens l’observent également le jour des célébrations de l’indépendance israélienne, qui change lui-même d’une année à l’autre en raison des variations du calendrier hébraïque.
« Il est également possible que des Gazaouis désespérés franchissent la frontière, que l’Égypte l’autorise ou non », a déclaré à Middle East Eye Rex Brynen, professeur à l’Université McGill spécialisé dans la sécurité dans les zones de conflit.
« Des responsables égyptiens se préparent déjà à l’éventualité de devoir prendre en charge des réfugiés dans ce scénario. »
Mais les habitants de Gaza — dont plus de 60 % sont déjà des réfugiés venus d’autres régions de Palestine — ne connaissent que trop bien les guerres israéliennes qui entraînent leur déplacement, avec peu d’espoir de retour.
L’idée d’une fuite des Palestiniens vers l’Égypte a été avancée cette semaine par une personnalité militaire israélienne. Des commentateurs de droite ont également utilisé des blogs ultranationalistes pour promouvoir l’idée de colonies israéliennes illégales dans la bande de Gaza à la suite d’une éventuelle invasion terrestre.
« Les Palestiniens sont conscients de cette idée de certains Israéliens, pousser Gaza vers le Sinaï. Ils ne le feront pas, ils ne l’accepteront pas », a déclaré Shaban.
Il a indiqué que cette idée avait été évoquée lors de précédentes guerres israéliennes contre Gaza, et pourtant « les gens n’ont pas quitté Gaza pour le Sinaï ».
« Ils ne sont pas stupides. Ils ne veulent pas répéter la seconde Nakba », a ajouté Shaban.
La Nakba, ou catastrophe, fut le nettoyage ethnique de la Palestine pour ouvrir la voie à la création de l’État d’Israël en 1948. Au moins 13 000 Palestiniens ont été tués et des centaines de villages ont été détruits.
Quelque 750 000 personnes ont été déplacées de force de leurs foyers — un chiffre qui s’élève aujourd’hui à environ six millions de réfugiés palestiniens, dont la plupart vivent dans les pays voisins.
Lors de la guerre de Gaza au début de 2009, le ministre égyptien des Affaires étrangères de l’époque, Ahmed Aboul Gheit, avait refusé d’ouvrir le point de passage frontalier de Rafah aux réfugiés palestiniens.
« [L’Égypte] ne voulait pas d’une répétition de la Nakba, et elle ne voulait certainement pas en porter la responsabilité », a déclaré à MEE Muhammad Shehada, journaliste et militant des droits originaire de Gaza.
Le Caire semble tout aussi peu disposé à le faire cette fois-ci.
Mercredi, dans un communiqué au ton ferme condamnant Israël et soutenant la résistance palestinienne, Al-Azhar d’Égypte, l’institution d’enseignement islamique la plus respectée du monde musulman sunnite, a déclaré : « [Notre] message à ceux qui s’attachent à leur terre est qu’il vaut mieux mourir en chevaliers et en héros sur votre terre que de la laisser comme proie aux usurpateurs. »
Au cours de la guerre actuelle, la responsabilité d’ouvrir un corridor humanitaire incombait exclusivement à Israël, en tant que puissance occupante, selon Shehada.
« [Israël doit] permettre le transfert des Palestiniens gravement blessés qui ont besoin de soins médicaux en Cisjordanie, par exemple, parce que les territoires occupés constituent une seule unité territoriale contiguë en vertu des accords d’Oslo », a-t-il déclaré.
Il a ajouté qu’en vertu du droit international, Israël était tenu de protéger autant que possible la vie des civils dans les limites de ses capacités.
« Ouvrir un corridor humanitaire est totalement dans ses capacités », a-t-il dit.
## 'Personne ne veut vivre dans des tentes au Sinaï'
Gaza a été prise par l’Égypte pendant la guerre de 1948 et est restée sous le contrôle du Caire jusqu’à la guerre du Moyen-Orient de 1967, lorsque le territoire a été saisi par Israël et occupé avec la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
En 2005, Israël s’est prétendument retiré de Gaza et a relocalisé quelque 8 000 colons juifs et soldats israéliens vivant dans 21 colonies autour de Gaza vers la Cisjordanie occupée.
Mais en 2007, à la suite de la victoire électorale du mouvement Hamas à Gaza, Israël a réagi en imposant un blocus aérien, terrestre et maritime à la bande de Gaza. Ce siège dure depuis 16 ans.
« Les Palestiniens qui ont vécu les guerres et les souvenirs de la Nakba espèrent qu’elle ne se répétera pas »
- Ali Abdel-Wahab, chercheur basé à Gaza
Ali Abdel-Wahab, analyste de données et chercheur vivant dans la Gaza assiégée, réfléchit à la possibilité de partir dans l’éventualité de l’ouverture d’un corridor humanitaire dans les prochains jours.
Il dit à MEE qu’il n’y a ni abris ni zones sûres à Gaza, Israël bombardant indistinctement l’ensemble de l’enclave.
« Je serai logique, en essayant de me pousser à rester et à ne pas laisser une autre catastrophe se répéter, mais j’ai une famille et elle est ma priorité », a-t-il déclaré. « Je chasse constamment cette idée [de partir] de mon esprit. »
Il ajoute que même si un corridor devait s’ouvrir, il serait dangereux pour ceux qui se trouvent dans le nord de la bande de Gaza de se rendre au point de passage de Rafah, ce qui les rendrait vulnérables aux frappes aériennes israéliennes.
« Je ne soutiens pas l’idée d’une réinstallation dans le Sinaï », a-t-il déclaré. « Les Palestiniens qui ont vécu les guerres et gardent en mémoire la Nakba espèrent qu’elle ne se répétera pas. »
Shehada partage ce sentiment.
« Personne à Gaza ne veut vivre comme réfugié dans des tentes dans le désert du Sinaï », a-t-il déclaré. « C’est fondamentalement le plan de l’extrême droite israélienne. »
Malgré le blocus israélien et cinq guerres brutales subies depuis 2008, la plupart des habitants de Gaza n’ont aucune envie de partir.
Comme l’a dit un habitant de Gaza dans un extrait devenu viral jeudi : « Croient-ils que nous voulons émigrer en Égypte ? Certainement pas. Cette fois, nous allons vers notre terre occupée, vers Jérusalem. »
Texte © Middle East Eye — archivé ici avec attribution à la source. — Traduction automatique à des fins d'archivage. — Source d'origine