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Omar Shaban Ismail · PalThink for Strategic Studies · 2009
Un commentaire précoce sur les signes de changement dans la région avant le Printemps arabe et sur les pressions économiques et sociales qui s'accumulaient hors du regard des gouvernements.
Un commentaire précoce sur les signes de changement dans la région avant le Printemps arabe et sur les pressions économiques et sociales qui s'accumulaient hors du…
Juin 2009 constitue un tournant au Moyen-Orient, car il annonce des moments majeurs pour l'avenir de la région : le discours du président Obama au monde musulman, le 4 juin depuis Le Caire, les élections libanaises le 7 juin et les élections iraniennes le 12 juin. En l'espace de huit jours, le visage du Moyen-Orient changera inévitablement. L'issue des événements à venir et les implications durables de ces moments demeurent incertaines. Cette incertitude porte sur la manière dont ces événements façonneront les réactions des pays modérés tels que l'Égypte, la Syrie et l'Arabie saoudite, ainsi que sur la façon dont ces moments affecteront les différents dossiers que recouvre la question du Moyen-Orient.
La politique étrangère américaine à l'égard du Moyen-Orient :
Comme on pouvait s'y attendre, le discours du président Obama au monde musulman plantera le décor des événements de juin. La date et le lieu de ce discours ont été délibérément choisis pour deux raisons : A) le 4 juin précède les deux grandes élections ; B) Le Caire est la plus grande capitale arabe et l'un des alliés les plus solides des États-Unis au Moyen-Orient. Bien que la politique étrangère américaine ne soit pas l'affaire d'un seul homme, l'opinion publique mondiale estime qu'Obama ne représente pas un simple changement de façade, mais une transformation fondamentale de la mentalité américaine, appelée à se traduire dans la politique. Naturellement, les États-Unis sont une institution et tous les degrés de la politique étrangère reposent sur une combinaison de facteurs. On ne peut qu'espérer que la présence d'un homme noir à la Maison-Blanche donnera une autre couleur à la politique, ainsi qu'à la mentalité du peuple américain, surtout au vu des ruines que laisse derrière elle l'administration Bush. En fin de compte, il importe de reconnaître que ce changement ne sera pas nécessairement bon pour les Palestiniens.
L'extrémisme dans la région
Les retombées des deux derniers événements de juin seront à la fois évidentes et immédiates. Dans les deux cas, les élections devraient modifier l'équilibre des forces au Moyen-Orient. Au Liban, de premiers indicateurs laissent entendre que le Hezbollah remportera davantage de sièges, ce qui pèsera sur les acteurs de la vie politique libanaise — et, par la suite, sur la position du Liban dans la région. La visite récente du vice-président Biden au Liban, il y a deux semaines, est un indicateur clair de l'importance des élections libanaises. Sur place, Biden a promis un soutien militaire. Le message est fort et clair : les États-Unis sont attachés au gouvernement libanais (tel qu'il est). Cette politique étrangère préventive influencera inévitablement la réalité politique à l'intérieur du Liban.
Cinq jours après le grand moment libanais, l'Iran occupera le devant de la scène, et tout indique qu'il suivra la voie que le Liban aura tracée. De solides projections annoncent que les élections iraniennes donneront des résultats semblables à ceux prévus au Liban : les radicaux gagneront davantage de sièges et Ahmadinejad sera réélu. Dès lors, la conjonction de ces deux scrutins au Moyen-Orient façonnera non seulement la carte politique libanaise et iranienne en particulier, mais la région du Moyen-Orient dans son ensemble. Le Moyen-Orient d'après juin ne sera plus le même.
La question est de savoir si les événements de juin porteront des modérés au pouvoir. Si les modérés l'emportent, Obama sera davantage en mesure de tenir sa promesse mondiale de changement ; en revanche, une victoire de l'extrémisme pourrait inciter le président Obama à retenir son souffle et à avancer avec prudence. En définitive, la politique étrangère américaine n'est pas décidée par le seul facteur interne, ni par les seuls vœux des Américains : elle est une réaction aux politiques des autres pays. Obama a dit un jour : « J'ai peut-être l'air maigre, mais je suis vraiment coriace… » ; en somme, ne sous-estimez pas l'homme maigre, il pourrait bien vous surprendre.
De fait, son cran et sa détermination sont apparus très clairement lors de sa récente rencontre avec Netanyahou à Washington. Cette rencontre entre Obama et Netanyahou n'a pas été un succès et la fracture idéologique entre les deux hommes était manifeste. Pour parler franchement, on a même spéculé que l'entretien avait explosé. Avant de se rendre aux États-Unis, Netanyahou avait clairement fait savoir qu'il ne croyait pas à un État palestinien et qu'il ne reviendrait pas aux frontières de 1967. Obama, de son côté, a diplomatiquement renforcé la position américaine selon laquelle l'existence d'un État palestinien sert les intérêts d'Israël. Nous verrons ce qu'il aura à dire en terre égyptienne. Il importe de s'en souvenir : plus les attentes sont élevées, plus les échecs sont profonds.
L'Égypte et la division palestinienne
Quoi qu'il advienne, les événements de juin affecteront considérablement l'équilibre des forces au Moyen-Orient. Historiquement, l'Égypte a fait figure de chef de file au sein de la communauté des nations du Moyen-Orient. À mesure que les mouvements de l'islam politique progressent dans toute la région, la force du gouvernement égyptien laïc est tout simplement moins assurée. Tout bien considéré, l'Égypte a stratégiquement gardé en main la carte palestinienne. Elle affirme que le 7 juillet sera « la dernière série de négociations » concernant la division palestinienne. Les décideurs égyptiens ont délibérément prévu de tenir une nouvelle série de négociations après avoir évalué les implications des grands événements de juin. L'Égypte veut faire savoir qu'elle n'est pas faible, mais qu'elle demeure forte, assez forte pour être la gardienne de la cause palestinienne.
Lorsqu'on évalue l'équilibre des forces dans la région, il importe de se rappeler que, s'il est probable que l'Égypte obtienne des signatures et des poignées de main, le fondement de l'affrontement, lui, demeurera inchangé. Il faut rappeler que l'Égypte n'a pas réussi en matière de dialogue entre le Fatah et le Hamas. Au contraire, l'histoire récente prouve qu'elle a derrière elle un bilan de négociations sans conclusion et vouées à l'échec. Les deux parties ont échangé des paroles en novembre 2008, puis de nouveau en février et en avril 2009 en terre égyptienne, et ni l'une ni l'autre n'a modifié son traitement politique de l'autre. Les questions essentielles restent sans solution, la propagande négative à l'égard de l'adversaire se poursuit, tout comme la politique d'arrestation de ses partisans, tant à Gaza qu'en Cisjordanie.
Il faut dire que si un changement de politique relève de l'improbable, une réconciliation officielle est hautement probable. Aucune des deux parties n'est en position de dire « non » à l'Égypte, et toutes deux veulent montrer à leur peuple qu'elles sont désireuses de se réconcilier et capables de le faire. Nul doute que l'Égypte réconciliera « officiellement » le Fatah et le Hamas sur le papier ; la réalité est que rien ne changera dans les faits. Les négociations de juillet ne sont rien de plus qu'une façade de puissance égyptienne et de réconciliation palestinienne. Tant que les négociations égyptiennes contourneront les vrais problèmes — comme elles l'ont fait par le passé — nous ne devrions rien attendre de plus que des promesses verbales.
L'été 2009 changera le visage du Moyen-Orient, et le 4 juin l'ouvrira en fanfare ! Le suspense des événements à venir est immense ; les implications des attentes sont gigantesques. En fin de compte, seul le temps dira ce que l'avenir nous réserve. S'il est encore trop tôt pour savoir exactement comment tout cela nous affectera, il ne fait aucun doute que nous en serons tous affectés.
Thème : Regional & International Politics — Source d'origine