عOmar Shaban IsmailÉconomie politique · Palestine

Couverture médiatique

Nous n’avons pas le droit à l’erreur

Le Monde · 2005-04-22

Le Monde.fr - 1er site d’information sur l’actualité. Retrouvez ici une info de la thématique Proche-Orient du 22 avril 2005 sur le sujet

Economiste basé à Gaza, Omar Shaban est conseiller de la commission interministérielle chargée de réfléchir au devenir des zones qui doivent être évacuées par l'armée et les colons israéliens.

Dans quelle mesure le retrait israélien peut-il contribuer à résoudre la crise économique qui sévit dans la bande de Gaza depuis le début de l'Intifada ?

Je suis originaire de la ville de Deir El-Balah, au centre de la bande de Gaza. Quand j'étais gamin, je travaillais l'été dans une usine d'empaquetage implantée dans la colonie voisine de Névé Dékalim. Si je ranime mes souvenirs de cette époque, je me dis spontanément que le Goush Katif est l'équivalent de la Californie et que de belles opportunités économiques, notamment touristiques, nous attendent. Les centaines d'hectares de serres qu'il recèle peuvent aussi produire des milliers d'emplois. Mais il faut prendre garde. La manne pétrolière n'a pas véritablement développé les monarchies du Golfe persique. Elle a rendu sa population fainéante et m'as-tu-vu. Le pétrole a été un facteur de "dé-développement". En soi, par conséquent, le retrait israélien ne garantit pas forcément des jours meilleurs pour les Palestiniens. Qu'il s'agisse de boue ou de pétrole, le succès tient d'abord à la façon dont la ressource est gérée.

Quel est le rôle du gouvernement israélien, de ce point de vue ?

Il est évident que, sans capacité de commercer, c'est-à-dire sans l'ouverture des frontières terrestres, maritimes et aériennes qui sont sous le contrôle d'Israël, les retombées économiques du retrait seront maigres. Mais la responsabilité de l'Autorité palestinienne est tout aussi importante. Elle doit corriger les erreurs des neuf années passées. Il ne faut pas que les Gazaouis pensent qu'un nouveau monopole se met en place -Emblématique du système économique d'Oslo, ces contrats d'importation exclusifs ont fait la fortune de quelques affairistes israéliens et palestiniens haut placés, au détriment de la population-. La politique de l'Autorité peut, au choix, accentuer le chaos dans la bande de Gaza ou rétablir la confiance entre la population et ses dirigeants.

Qui doit décider de l'attribution et de la reconversion éventuelle des terrains abandonnés par les colons ?

La gestion de l'après-retrait est un chantier qui dépasse de loin les capacités techniques et financières de l'Autorité palestinienne. Impossible de demander à un employé palestinien sous-payé de négocier avec la direction de Sheraton la création d'un hôtel sur les plages du Goush Katif.

Pour éviter qu'un investisseur privé ne dicte ses volontés aux pouvoirs publics, comme cela arrive souvent dans le tiers-monde, il faut créer de toute urgence une commission indépendante composée d'experts nommés par le gouvernement. A eux de bâtir un plan dans la transparence et de le soumettre au Parlement. C'est ainsi que l'Allemagne avait géré la reconversion des sites abandonnés par l'Armée rouge à la faveur de la réunification.

Comment assurer la sécurité des terrains évacués ?

Pendant trente ans, Yasser Arafat a parlé au monde entier sauf à son propre peuple. Il faut changer cette culture. Si l'Autorité palestinienne explique aux habitants de Rafah et de Khan Younès qu'au lendemain du retrait, des visites des colonies seront organisées en bus afin de célébrer la victoire, alors il suffira d'un seul policier pour protéger le Goush Katif. L'Autorité doit équilibrer le souci de rentabilité financière, qui passe par la mise en valeur économique des sites et leur vente éventuelle, avec le souci de rentabilité politique, qui impose de distribuer certains terrains à la population.

En définitive, le retrait peut-il être une chance pour les Palestiniens ?

Je ne suis pas sûr qu'Ariel Sharon l'ait conçu dans ce sens. Mais je sais que nous n'avons pas le droit à l'erreur. Le régime palestinien est comme un étudiant qui a raté tous ses examens et qui obtient une ultime chance de prouver sa valeur devant la communauté internationale.

Cette chance, c'est l'après-retrait. Si nous échouons à le mener à bien, nous risquons de ne plus recevoir d'Israël un seul bout de terre supplémentaire. "Regardez, dira Sharon : je leur ai donné Gaza, et ils n'ont pas su le gérer." ­ (Intérim)

Texte © Le Monde — archivé ici avec attribution à la source. — Traduction automatique à des fins d'archivage. — Source d'origine

Plus de couverture médiatique

Toute la couverture médiatique