Couverture médiatique
ISPI — Italian Institute for International Political Studies · 2025-07-31
L’article porte sur la conférence de l’ONU coprésidée par la France et l’Arabie saoudite du 28 au 30 juillet 2025 pour relancer la solution à deux États, aboutissant à la « Déclaration de New York » et à un plan par étapes visant à mettre fin à la guerre à Gaza et au conflit israélo-palestinien par la création d’un État palestinien indépendant et démilitarisé vivant en paix aux côtés d’Israël. Il présente également les analyses d’experts du réseau ISPI sur la portée et les limites de la reconnaissance occidentale de la Palestine, le débat sur le conditionnement de l’État palestinien à la réforme de l’Autorité palestinienne, ainsi que les dimensions européennes et intérieures de l’initiative française.
L’article porte sur la conférence de l’ONU coprésidée par la France et l’Arabie saoudite du 28 au 30 juillet 2025 pour relancer la solution à deux États, aboutissant à la « Déclaration de New York » et à un plan par étapes visant à mettre fin à la guerre à Gaza et au conflit israélo-palestinien par…
Med cette semaine
Moyen-Orient et Afrique du Nord
La lettre d’information MED This Week fournit des analyses éclairées sur les développements les plus significatifs dans la région MENA, en réunissant des points de vue originaux et des prévisions fiables sur les scénarios futurs. Aujourd’hui, nous mettons en lumière la reconnaissance de la Palestine et la conférence de l’ONU coprésidée par la France et l’Arabie saoudite sur la solution à deux États.
La France et l’Arabie saoudite ont coprésidé une conférence de l’ONU du 28 au 30 juillet 2025 afin de redonner un élan à la solution à deux États et de trouver un terrain d’entente international pour résoudre la question palestinienne. Organisée en préparation de l’Assemblée générale de l’ONU de septembre sur le même sujet, la conférence a, pour la première fois, mis en place huit groupes de travail de haut niveau chargés d’examiner et de formuler des propositions sur un large éventail de questions liées à la solution à deux États, aboutissant à la dite « Déclaration de New York ». La déclaration, signée par dix-sept pays, la Ligue arabe composée de 22 membres, et l’ensemble de l’Union européenne, expose un plan par étapes visant à mettre fin à la fois au conflit israélo-palestinien qui dure depuis près de huit décennies et à la guerre en cours à Gaza. Elle envisage l’établissement d’un État palestinien indépendant et démilitarisé coexistant pacifiquement aux côtés d’Israël. En outre, elle comprend une condamnation des attaques du 7 octobre, marquant la première fois que tous les pays de la Ligue arabe ont conjointement dénoncé les actions du Hamas. Dans le même temps, elle affirme que, dans le cadre de la fin de la guerre à Gaza, le Hamas doit renoncer à son pouvoir et se désarmer, en transférant l’autorité à l’Autorité palestinienne avec un engagement et un soutien internationaux – des mesures conformes à l’objectif de parvenir à un État palestinien souverain et indépendant. Enfin, cette déclaration historique condamne les attaques d’Israël contre les civils et les infrastructures civiles à Gaza, ainsi que le siège en cours et l’usage de tactiques de famine, qui ont provoqué une grave catastrophe humanitaire et une crise de protection. La conférence a suivi une déclaration majeure du président français Emmanuel Macron, qui a annoncé son intention de reconnaître l’État de Palestine en septembre lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Cette décision a conduit plusieurs alliés occidentaux historiques d’Israël à s’aligner sur la position française, notamment le Canada et le Royaume-Uni. Londres, en particulier, a menacé de reconnaître officiellement l’État de Palestine si Israël ne mettait pas fin à son siège de la population civile palestinienne et ne suspendait pas ses opérations militaires à Gaza. La réaction des capitales européennes et occidentales reflète une inquiétude croissante face à la situation humanitaire désastreuse dans la bande de Gaza où, selon l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC), le pire scénario de famine est actuellement en train de se matérialiser. Si ces initiatives des alliés européens et d’autres ont provoqué de vives réactions de la part d’Israël, Donald Trump reste un allié constant d’Israël et, hormis le fait de reconnaître la famine en cours à Gaza, les États-Unis ont choisi de ne pas participer à la conférence de l’ONU et de ne pas soutenir leurs alliés occidentaux dans la reconnaissance de la Palestine.
Des experts du réseau ISPI discutent de la reconnaissance de la Palestine et de la conférence de l’ONU sur la solution à deux États.
## La reconnaissance de la Palestine constitue une grande avancée, mais ce n’est pas le point d’arrivée final
« La conférence de haut niveau menée cette semaine à New York par la France et l’Arabie saoudite redonne vie à la solution à deux États, disparue en raison des mesures israéliennes sur le terrain, telles que la construction de colonies, la confiscation de terres et le transfert de la population palestinienne. En effet, le sommet et l’intention de la France, du Royaume-Uni et d’autres pays de reconnaître un État palestinien ne suffisent pas. Marquer la destination est une grande étape dans tout processus, mais cela ne suffit pas. En effet, nous devons ouvrir la voie à un processus global qui inclut : la fin de la guerre à Gaza ; une coopération renforcée et harmonisée entre les États-Unis et l’Union européenne avec les principaux pays arabes ; une conférence de paix et un plan pour les réformes de l’Autorité palestinienne, les élections ainsi que la réunification palestinienne. La solution à deux États est la meilleure option disponible et la voie vers la paix dans la région reconnue au niveau international. Malgré tous les obstacles et défis nécessaires à sa mise en œuvre, un modèle flexible de solution à deux États doit être développé, car la zone est trop petite pour être séparée ou divisée. Israël et la Palestine devraient suivre le modèle de l’Union européenne, où deux systèmes politiques vivent côte à côte dans un même espace. »
Omar Shaban, fondateur et directeur, Palthink for Strategic Studies
## La qualité d’État palestinien doit précéder la réforme, et non en dépendre
« Les appels à la réforme de l’Autorité palestinienne (AP) comme condition au soutien à la qualité d’État palestinien ont longtemps été utilisés pour décharger ces acteurs de la responsabilité de prendre de véritables mesures en faveur de deux États, ou pour contrebalancer toute exigence qu’ils étaient contraints d’adresser à Israël. Il faut se demander pourquoi ces États sont autant, voire davantage, préoccupés par la réforme d’une administration temporaire opérant sous une occupation illégale que par la fin de l’occupation elle-même ? Ils le font parce que c’est politiquement plus commode que de s’attaquer au véritable problème : la colonisation continue de la Cisjordanie par Israël. Cela ne veut pas dire que l’AP n’a pas besoin d’être réformée, bien au contraire ; mais les États qui exigent des réformes sont les mêmes qui ont financé et armé l’AP pendant des décennies tandis que sa légitimité publique s’effondrait. Ils l’ont soutenue malgré ses malversations parce que ses forces de sécurité faisaient le sale boulot qu’eux – et Israël – voulaient, et ils l’ont aidée à entraver la démocratie parce qu’ils craignaient ce que des résultats démocratiques pourraient entraîner. C’est pourquoi la conditionnalité des réformes appliquée à la liberté palestinienne n’est pas seulement immorale, mais performative. S’ils se souciaient vraiment des réformes, ils les exigeraient comme condition de leur soutien financier, et non de la liberté palestinienne. »
Omar Rahman, Fellow, Middle East Council on Global Affairs
## La voie vers la paix passe (toujours) par la reconnaissance mutuelle
« L’un des piliers de la politique étrangère d’Israël depuis sa création a été la quête d’une reconnaissance internationale de son existence et de ses besoins en matière de sécurité. Aujourd’hui, cependant, le gouvernement israélien – après avoir approfondi les divisions internes, sapé l’équilibre institutionnel et les fondements démocratiques du pays, et même attaqué son propre appareil sécuritaire – aliène désormais les alliés traditionnels qui ont longtemps soutenu ses décisions. De plus, au lieu de saluer la condamnation par la Ligue arabe de l’attaque du Hamas du 7 octobre – ce qu’Israël a constamment exigé au cours des 22 derniers mois –, les membres du gouvernement intensifient les appels à l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie. Plutôt que de révoquer les ministres qui plaident pour la destruction d’une population non combattante, le Premier ministre Netanyahou semble approuver leurs intentions. Si la vie des Palestiniens compte si peu à ses yeux et à ceux de ses alliés, alors, à tout le moins, il devrait se soucier du sort de ses propres citoyens. La puissance militaire et la violence ne peuvent répondre aux besoins de sécurité d’Israël ; seule la paix le peut. Et la paix commence par la reconnaissance de l’État de Palestine. »
Sara Leykin, Centre MENA de l’ISPI
## La France mène l’Europe sur la reconnaissance : le pari du président Macron porte ses fruits
« Le président Emmanuel Macron vient d’annoncer officiellement que la France reconnaîtra l’État de Palestine en septembre prochain lors de la session de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette décision hautement symbolique s’inscrit dans la vision traditionnelle de la diplomatie française, qui plaide pour une solution à deux États – une solution aujourd’hui menacée. La diplomatie française cherche ainsi à accroître son influence internationale et mise sur un effet d’entraînement. Depuis la présidence de Georges Pompidou, Paris tente d’utiliser la communauté européenne pour amplifier sa puissance. Son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, y est parvenu avec l’adoption, en juin 1980, de la Déclaration de Venise. Si 12 des 27 États membres de l’UE ont déjà reconnu la Palestine comme État, l’Union européenne reste divisée sur la question de la reconnaissance. L’enjeu est désormais de savoir si la décision française pourrait conduire Londres et Berlin à lui emboîter le pas. La récente annonce du Premier ministre britannique semble montrer que le pari du président Macron porte ses fruits. Toutefois, un ralliement de l’Allemagne semble peu probable, Berlin ayant historiquement été l’un des soutiens les plus fidèles d’Israël en raison du souvenir durable de l’Holocauste. »
Valérie Stiegler, chercheuse, Collège de France
## La reconnaissance de la Palestine par Macron est une réponse au mécontentement intérieur
« Le président Emmanuel Macron peine à trouver la bonne direction pour agir dans le contexte des développements tragiques au Moyen-Orient, alors qu’il est confronté à un dilemme de politique intérieure. La France abrite la plus importante diaspora juive, ainsi que la plus grande communauté musulmane, d’Europe. La crainte d’importer le conflit arabo-israélien dans le contexte intérieur a ainsi d’abord dominé ses prises de position. Mais le président a perdu sa majorité au Parlement en juin 2024 et a depuis recentré l’essentiel de ses activités sur la politique étrangère, la Constitution française lui conférant d’importants pouvoirs dans ce domaine. Sa marque de fabrique est une certaine créativité personnelle et une volonté de faire date. Sur le plan international, il veut incarner la puissance française, maintenir son rôle d’avant-garde européenne et revitaliser les enceintes multilatérales d’action. La politique étrangère française entretient une longue histoire avec le Moyen-Orient et a toujours œuvré en faveur d’une solution à deux États. Relancer cette dynamique dans un cadre onusien, en s’appuyant sur le partenaire saoudien, désormais identifié comme la puissance centrale du monde arabe, est donc pleinement conforme aux positions et aux intérêts traditionnels de la France. L’issue de la conférence de New York a montré que la France conserve une certaine capacité d’entraînement, ce qui est positif sur le plan intérieur pour la popularité du président. »
Dorothée Schmid, directrice du Programme Turquie/Moyen-Orient, Ifri
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