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Le développement durable exige une levée complète du siège

Omar Shaban Ismail · PalThink for Strategic Studies · 2010

Un entretien sur le blocus comme obstacle structurel à tout développement durable à Gaza — l'occasion de sa formule selon laquelle la durabilité exige une levée complète du siège, et non un allègement partiel.

Un entretien sur le blocus comme obstacle structurel à tout développement durable à Gaza — l'occasion de sa formule selon laquelle la durabilité exige une levée complète…

UN POINT DE VUE PALESTINIEN
Le développement durable exige une levée complète du siège
un entretien avec Omar Shaban

bitterlemons : Y a-t-il eu un changement tangible à Gaza depuis qu'Israël a annoncé un assouplissement de son blocus ?

Shaban : Il y a une différence, mais toute la question est de savoir dans quelle mesure. Comparé aux trois semaines qui ont précédé la flottille, oui, il y a une différence. Mais si l'on considère que le siège est illégal dans son ensemble, il n'y a aucune différence.

bitterlemons : Quand vous dites qu'il y a une différence, qu'entendez-vous par là ?

Shaban : L'UNRWA a commencé à recevoir certains matériaux de construction. Ce n'est pas grand-chose et il est encore trop tôt pour en mesurer véritablement les effets. Ensuite, quelques autres articles ont été autorisés à entrer, là encore en petit nombre, et la différence n'est pas si grande.

bitterlemons : De quoi Gaza a-t-elle besoin ?

Shaban : Gaza a besoin que le siège soit levé dans son intégralité. Gaza a besoin que tous les points de passage fonctionnent pleinement pendant deux ans, rien que pour rattraper ce qui s'est produit au cours des trois dernières années et pour répondre à la croissance naturelle. Gaza a besoin de deux à trois millions de tonnes de ciment et de 600 000 tonnes d'acier, rien que pour reconstruire les dégâts qui ont été causés ici ces dernières années.

bitterlemons : Et en matière de développement durable… ?

Shaban : Gaza a besoin de la liberté de circulation. Nous avons besoin d'exporter, les gens ont besoin de pouvoir voyager, de faire des affaires, et les gens ont besoin de pouvoir venir à Gaza. Les banques doivent pouvoir fonctionner normalement et des liquidités doivent être injectées.

Israël a beaucoup insisté sur le fait qu'il n'y a pas de famine à Gaza. Mais la crise humanitaire à Gaza n'est pas une question de nourriture. On ne vit pas seulement de nourriture. La crise humanitaire, c'est l'éducation, c'est le développement, c'est l'enfermement ; c'est un siège culturel et physique, et l'isolement. Il n'y a pas de famine à Gaza, mais 90 pour cent des Gazaouis ne peuvent pas se nourrir eux-mêmes. Voilà une crise humanitaire.

bitterlemons : Cet assouplissement entraînera-t-il un changement concret à Gaza ?

Shaban : Oui, il en entraînera un. Dans la reconstruction, par exemple, même si elle doit passer par l'UNRWA et d'autres agences internationales, elle créera des emplois et suscitera une certaine activité économique. D'autres projets, dont le besoin est criant, pourront enfin voir le jour, comme la réparation du réseau de traitement des déchets et certains projets liés à l'eau. Il en sortira donc quelque chose de positif.

Mais cela ne suffit pas. En tant que Palestiniens, nous devons encourager ce développement et en exiger la continuité. Mais le développement durable exige une levée complète du siège. Il y a un danger : que les Gazaouis deviennent totalement dépendants de l'aide. Si le siège est maintenu sous une forme quelconque et que seules les Nations unies et d'autres agences internationales travaillent, l'industrie privée ne pourra pas fonctionner, les particuliers ne pourront pas construire leurs propres maisons et l'industrie ne tournera pas, laissant Gaza tout entière dépendante soit d'une aide en espèces, soit d'une aide en nature.

bitterlemons : Avec cet assouplissement du blocus, craignez-vous que la pression exercée sur Israël pour qu'il lève le blocus ne cesse ?

Shaban : Cela semble être la stratégie israélienne. Israël veut apporter au siège des changements cosmétiques afin de faire passer à la communauté internationale le message que la situation a changé. Cela allégera la pression sur Israël. Les gens doivent comprendre qu'en fin de compte, le siège demeure, même sous une forme différente.

bitterlemons : Comment les Palestiniens peuvent-ils alors œuvrer au maintien de la pression sur Israël ?

Shaban : Les Palestiniens doivent continuer à parler du siège, mais ils doivent en élargir la notion. Il y a un problème dans le récit palestinien : lorsque nous parlons du siège, nous suivons le récit israélien et nous réduisons la notion à la nourriture. Or les gens doivent comprendre que le boycott porte sur tout, sur la liberté de voyager et de travailler. Les gens n'ont pas seulement besoin de nourriture, ils ont besoin d'éducation, de loisirs et de culture.

bitterlemons : Quel est le rôle de l'Égypte dans le boycott ?

Shaban : L'Égypte se trouve au milieu. Le Caire ne peut pas ouvrir complètement Rafah, car il est signataire, avec les États-Unis et Israël ainsi que l'Autorité palestinienne, de l'Accord sur les déplacements et l'accès de 2005. D'un autre côté, un million et demi de personnes à Gaza voient dans l'Égypte le seul point d'accès au reste du monde. Le Caire tente de trouver un équilibre, mais il est face à un dilemme : il ne peut pas ouvrir Rafah et il ne peut pas le fermer.

bitterlemons : Quelle est l'importance de l'unité palestinienne dans toute tentative de faire passer un message efficace ?

Shaban : Elle est très importante, mais certains ne le voient pas ainsi. Certains abordent la question dans une perspective très étroite, que ce soit à Gaza ou à Ramallah, et il est difficile de voir d'où pourrait venir une réconciliation dans un avenir proche. – Publié le 28/6/2010 © bitterlemons.org

Thème : Gaza Economy — Source d'origine

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