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Omar Shaban Ismail · Brookings · 2025
Rédigé pour la Brookings Institution dans le cadre du projet de partenariat de l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA) sur le développement et la gouvernance au Moyen-Orient, cet essai dresse un état des lieux de la catastrophe humanitaire sans précédent à Gaza — 50 810 tués, 1,9 million de personnes déplacées, 88,5 % des écoles endommagées — et soutient que la reconstruction durable exige de résoudre les questions de gouvernance avant la reconstruction des bâtiments, en confiant la planification à des technocrates palestiniens et en réglant d'abord l'accès aux terres.
Rédigé pour la Brookings Institution dans le cadre du projet de partenariat de l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA) sur le développement et la…
La crise actuelle dans la bande de Gaza n’est pas la première crise de Gaza. En fait, Gaza a connu une série d’escalades dévastatrices, notamment de grandes guerres en 2008, 2012, 2014, 2021 et 2022. Les impacts de toutes ces guerres ont été catastrophiques pour la population de Gaza et ont affecté de manière significative les infrastructures du territoire, le système de santé, l’économie, la société, l’éducation ainsi que les secteurs public et privé. Pourtant, la crise d’aujourd’hui, commencée le 7 octobre 2023, et ses conséquences pour les Gazaouis sont sans précédent.
La crise humanitaire et les besoins immédiats
Après un an et demi de guerre d’Israël contre Gaza, les défis auxquels sont confrontés les Gazaouis sont énormes et interconnectés.
Soins de santé, traumatismes et maladies
Selon un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) en date du 8 avril 2025, 50 810 Palestiniens ont été tués, dont 8 304 femmes et 15 613 enfants ; 115 688 Palestiniens sont blessés ; et des milliers sont portés disparus ou seraient ensevelis sous les décombres. Presque tous les hôpitaux de Gaza ont été partiellement ou complètement détruits, laissant les civils avec peu d’accès aux soins médicaux. Environ 63 % des hôpitaux sont partiellement fonctionnels ; entre 11 000 et 13 000 patients nécessitent une évacuation médicale à l’étranger.
Une étude menée auprès de 500 enfants et aidants palestiniens en juin 2024 a révélé que 96 % des enfants de Gaza sentent que leur mort est imminente, ce qui reflète le danger extrême auquel les enfants sont exposés.
Insécurité alimentaire
En octobre 2024, environ 96 % des 2,15 millions d’habitants de Gaza faisaient face à une insécurité alimentaire aiguë. La majorité de la population n’a plus aucune source de revenus. Même si la guerre prend fin, l’aide alimentaire doit continuer à affluer jusqu’à ce que les Gazaouis puissent reconstruire leur vie normale.
Éducation
Selon le Global Education Cluster, au 8 avril 2025, plus de 658 000 élèves n’ont pas accès à l’enseignement formel, et 88,5 % des bâtiments scolaires (499 sur 564) ont subi des dégâts. Plus de 13 289 élèves et 626 membres du personnel éducatif ont été tués pendant la guerre.
Logement et sans-abrisme
La grande majorité de la population de Gaza a été chassée de son domicile, 1,9 million de personnes étant déplacées depuis le 7 octobre 2023. Les Nations unies estiment que la reconstruction de Gaza pourrait prendre de 16 à plus de 80 ans, selon le rythme des travaux. OCHA a estimé que la guerre a généré plus de 50 millions de tonnes de débris, ce qui pourrait nécessiter jusqu’à 20 ans pour être dégagé.
Défis économiques
En avril 2024, le directeur du Bureau régional pour les États arabes du PNUD a déclaré que la reconstruction de Gaza pourrait coûter au moins 40 à 50 milliards de dollars. Une analyse de l’ONU d’octobre 2024 a conclu que la guerre a fait reculer l’indice de développement humain de Gaza de 69 ans — au niveau de 1955. Environ 100 000 personnes ont quitté Gaza entre le 7 octobre 2023 et le début de 2025, générant une fuite des cerveaux potentielle qui entrave la reprise à long terme de Gaza.
Les défis de la gouvernance
La reconstruction de Gaza dépendra en grande partie de la situation sécuritaire et de ceux qui gouverneront Gaza après la guerre. Le Hamas contrôle Gaza depuis 2007. Depuis le 7 octobre 2023, Israël a catégoriquement rejeté toute possibilité que le Hamas continue de gouverner. L’avenir politique reste fortement disputé entre l’Autorité palestinienne, le Hamas et des visions internationales concurrentes.
Principales recommandations pour la reconstruction
Tout plan de reconstruction durable doit traiter de la gouvernance avant les bâtiments. Des infrastructures sans gouvernance conduisent à des États faillis. La communauté internationale doit coordonner des mécanismes de financement qui contournent la conditionnalité politique. Ce sont les technocrates palestiniens qui devraient diriger la planification de la reconstruction. L’éducation et la santé doivent être traitées comme des priorités stratégiques de la reconstruction, et non comme des priorités secondaires. La question de l’accès aux terres — y compris les 70 % de Gaza sous contrôle militaire israélien — doit être résolue avant que la reconstruction ne puisse être significative.
Thème : Gaza Reconstruction — Gaza Governance · Economy · Post-war planning — Texte © Brookings — archivé ici avec attribution à la source. — Source d'origine