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La crise de Gaza : le calendrier d'une guerre

Omar Shaban Ismail · PalThink for Strategic Studies · 2014

Un commentaire qui replace le calendrier de la guerre de 2014 à Gaza dans son contexte politique et lit, dans le moment de son déclenchement, les calculs de chaque partie.

Un commentaire qui replace le calendrier de la guerre de 2014 à Gaza dans son contexte politique et lit, dans le moment de son déclenchement, les calculs de chaque…

La crise de Gaza offre peut-être des occasions aux acteurs politiques, mais ce sont les victimes des deux camps qui en paient le prix.

Israël a lancé trois guerres en moins de six ans. Voilà ce qu'a subi la bande de Gaza sous blocus depuis la prise de contrôle du territoire par le Hamas en juin 2007. L'objectif déclaré des deux guerres précédentes — les opérations « Plomb durci » et « Pilier de défense », respectivement en 2008-2009 et en 2012 — était de détruire les tunnels souterrains entre Gaza et l'Égypte. Selon Israël, ces tunnels servaient à faire entrer clandestinement des armes destinées au Hamas et aux autres mouvements de résistance palestiniens à Gaza. Ni l'un ni l'autre de ces conflits n'est pourtant parvenu à détruire les tunnels, jusqu'à l'arrivée au pouvoir du nouveau régime égyptien après le 3 juillet 2013, date à laquelle le président Mohamed Morsi a été renversé par l'armée.

Depuis lors, le président Abdel Fattah al-Sissi, ancien général égyptien, a mené une campagne agressive qui est parvenue à détruire 90 % des tunnels entre Gaza et l'Égypte. Pour les membres du Hamas, l'action du Caire a rendu dangereuse toute contrebande souterraine. En conséquence, le Hamas n'a pas été en mesure de verser les salaires de ses 40 000 employés au cours des sept derniers mois — le budget 2014 du mouvement au pouvoir atteignait 894 millions de dollars. Depuis, le Hamas se trouve dans une situation sans précédent.

Les difficultés du Hamas ont commencé avec la destitution de Morsi, qui soutenait cette faction palestinienne parce qu'elle est une émanation des Frères musulmans. Le nouveau régime égyptien dirigé par Sissi a détruit les tunnels, considérés comme la principale source de revenus, d'armes et d'aide du Hamas ; ils offraient également à ses membres un accès libre pour voyager hors de Gaza. Après l'éviction de Morsi, le Hamas a perdu un soutien essentiel de son gouvernement, ainsi que son appui régional et son accès aux convois d'aide.

Dans ce contexte, on peut toutefois estimer que, malgré l'instabilité et les destructions, l'opération « Bordure protectrice » lancée par le gouvernement israélien pourrait en réalité constituer une occasion à la fois pour Israël et pour le Hamas, mais pour des raisons différentes.

Le bon moment pour Israël

Israël a condamné dans les termes les plus fermes le dernier accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, ce dernier étant la principale formation de l'Autorité palestinienne. S'agissant de la formation d'un gouvernement palestinien d'union nationale, Israël a déclaré son opposition à plusieurs reprises en refusant toute normalisation des relations entre les deux factions rivales. Israël a par conséquent empêché les ministres établis à Gaza de se rendre en Cisjordanie, rendant intenable tout gouvernement d'union.

C'est dans cet esprit qu'Israël a jugé le moment venu de mener une troisième guerre contre le Hamas. Tel-Aviv sait que le Hamas est enfermé dans une crise due à la politique égyptienne et à l'absence de soutien régional. Le moment a donc été interprété comme le meilleur pour entrer en conflit sans déclencher de fortes réactions des États arabes voisins. La Syrie, accaparée par sa guerre civile, garde ses distances avec le Hamas depuis le départ de ses dirigeants de Damas. L'Iran et le Hezbollah, tout en maintenant leur engagement officiel en faveur de la cause palestinienne, sont eux aussi empêtrés dans le conflit syrien.

Connaissant la stratégie du Hamas lorsqu'il se trouve en crise, on comprend que le mouvement n'a rien à perdre à s'engager dans une guerre avec Israël. Si le Hamas n'était pas, par principe, intéressé par une nouvelle confrontation, des circonstances devenues insupportables n'ont laissé que peu d'options sur la table.

Selon les évaluations israéliennes, le moment était mûr pour une guerre contre Gaza et le Hamas, et ce pour deux raisons. D'abord, le gouvernement israélien cherche à faire échouer le dernier accord de réconciliation entre le Fatah et le Hamas, les deux factions s'étant engagées vers la formation d'un gouvernement de technocrates. Ensuite, Israël vise à réduire la capacité militaire du Hamas, sachant pertinemment que celui-ci ne pourra pas reconstituer son arsenal en raison de la destruction des tunnels par l'Égypte.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et son gouvernement escomptaient cependant une victoire facile, en supposant que le Hamas céderait sans peine sous les bombardements aériens et l'offensive terrestre — cette dernière ayant débuté tard dans la journée du 17 juillet. Le Hamas a au contraire fait preuve d'une résistance bien plus grande en maintenant un flux constant de roquettes.

Et le bon moment pour le Hamas

Depuis l'ascension de Sissi en Égypte, la branche militaire du Hamas, les Brigades al-Qassam, est devenue le véritable maître de Gaza. Si la branche politique continue de se manifester, elle a moins d'influence qu'auparavant. Ces dernières années, plusieurs indices ont montré que le fossé entre les branches politique et militaire ne cessait de se creuser. La branche militaire du mouvement n'est pas satisfaite du bilan du gouvernement du Hamas, en particulier durant le processus de réconciliation avec le Fatah de Mahmoud Abbas. La direction politique du Hamas est perçue comme n'ayant obtenu aucun résultat ni aucun bénéfice concret. De ce fait, la branche militaire du groupe estime que la direction politique a « vendu » ses membres à bas prix.

Connaissant la stratégie du Hamas lorsqu'il se trouve en crise, on comprend que le mouvement n'a rien à perdre à s'engager dans une guerre avec Israël. Si le Hamas n'était pas, par principe, intéressé par une nouvelle confrontation, des circonstances devenues insupportables n'ont laissé que peu d'options sur la table. Il n'y a pas d'argent pour les salaires des employés du gouvernement ; la réconciliation avec le Fatah est devenue intenable dans la situation actuelle ; les points de passage sont restés fermés ; le siège de Gaza dure depuis 2007 ; et Israël a mené une campagne concertée contre les partisans du Hamas en Cisjordanie, arrêtant ses députés du Conseil législatif palestinien.

Au milieu de ces développements, il n'est resté à la branche militaire d'autre option que d'affronter Israël, dans l'espoir de démontrer ce qui suit :

1) le Hamas est toujours fort et peut déstabiliser le « statu quo » ;

2) le Hamas demeure un acteur clé et Israël devra prendre ses exigences au sérieux ;

3) l'Autorité palestinienne et le président Abbas entretiennent une alliance sécuritaire avec Israël, tandis que le Hamas se concentre sur la voie de la résistance palestinienne ;

4) il est nécessaire d'actualiser et de rafraîchir l'accord de cessez-le-feu signé au Caire en 2012 sous la médiation de Morsi.

En négociant un nouvel accord avec le président Sissi, le Hamas contraindrait la nouvelle direction égyptienne à le reconnaître et, peut-être, à lui permettre de conserver son poids dans la politique régionale. L'offensive israélienne sur Gaza offrira à toutes les parties régionales de meilleures occasions de se repositionner — à l'exception des victimes des deux camps, qui doivent supporter le poids d'une violence sans fin.

Thème : Gaza Politics — Source d'origine

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