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Omar Shaban Ismail · PalThink for Strategic Studies · 2020
Réflexion à la première personne depuis Gaza pendant la pandémie de COVID-19 : comment le blocus, la pauvreté et l'effondrement des infrastructures de santé en ont aggravé le bilan.
Réflexion à la première personne depuis Gaza pendant la pandémie de COVID-19 : comment le blocus, la pauvreté et l'effondrement des infrastructures de santé en ont…
Mariam Mahmoud et Omar Shaban
Note de la rédaction : ce texte est le troisième d'une série de courts entretiens que POMED mène avec des militants de la société civile, des chercheurs et d'autres membres de son réseau dans la région MENA, afin de mettre en lumière les effets de la pandémie sur les droits et la gouvernance dans l'ensemble de la région. Dans cet entretien, nous recevons Omar Shaban, fondateur et directeur de PalThink for Strategic Studies, un centre de réflexion indépendant basé à Gaza qui se donne pour mission d'amplifier la voix de la société civile en Palestine et de la renforcer. Cet entretien a été édité par souci de concision et de clarté.
Contexte : le blocus imposé depuis treize ans à Gaza par Israël et l'Égypte limite gravement l'accès des deux millions d'habitants de la bande de Gaza aux soins médicaux spécialisés, aux équipements et aux fournitures médicales, ce qui représente un défi particulier en temps de pandémie. Heureusement, Gaza a jusqu'à présent échappé à une flambée épidémique de grande ampleur. Le 20 mars, le gouvernement dirigé par le Hamas a fermé les restaurants et les cafés, interdit les rassemblements publics et installé des centres de quarantaine au passage de Rafah et à d'autres points d'entrée. Deux jours plus tard, les autorités annonçaient les premiers cas de COVID-19 recensés à Gaza : deux voyageurs entrés auparavant par Rafah. À ce jour, Gaza ne compte que 72 cas confirmés et un décès. Le mois dernier, les autorités ont commencé à assouplir les restrictions.
POMED : quelle incidence la pandémie a-t-elle eue sur la vie quotidienne à Gaza ?
Omar Shaban : la vie quotidienne s'est poursuivie sans grand changement, car la distanciation sociale n'est pas chose aisée ici. Gaza est l'un des endroits les plus densément peuplés du monde, où des familles élargies de vingt membres ou plus vivent souvent ensemble dans des logements surpeuplés. Les coupures d'électricité régulières rendent également difficile de rester chez soi. Les Gazaouis ont continué d'affluer vers les marchés et les autres espaces publics pendant notre confinement partiel.
D'une manière générale, le blocus donne le sentiment que la vie est impossible ici. Mais, paradoxalement, pendant la pandémie, certains Gazaouis voient le blocus comme un atout, parce qu'il contribue à empêcher l'entrée des contaminations.
Gaza souffre d'un taux de chômage global de 50 %, et jusqu'à 75 % des jeunes sont sans emploi. Comment la pandémie a-t-elle pesé sur ces conditions économiques déjà désastreuses ?
Les restrictions imposées par les autorités de Gaza ont particulièrement pénalisé les petites entreprises, les ONG et les travailleurs indépendants. Et le télétravail n'est pas simple, sachant que nos fournisseurs d'accès à Internet sont incapables d'absorber une brusque hausse de la demande.
Nous avons notamment vu les ressources des bailleurs de fonds être réorientées : des initiatives destinées à nos jeunes chômeurs vers des programmes de lutte contre le virus dans d'autres pays. Notre crainte est que la poursuite de ce détournement des fonds des bailleurs ait, pour la jeunesse de Gaza, des conséquences plus graves que le virus lui-même.
Ce qui rend notre situation économique plus difficile encore, c'est que, pour manifester son opposition aux projets d'annexion israéliens, l'Autorité palestinienne refuse d'accepter les transferts de recettes fiscales en provenance d'Israël et n'a pas versé les salaires de 40 000 fonctionnaires gazaouis depuis le mois de mai.
Quelle incidence la pandémie a-t-elle sur les rapports avec Israël ?
Alors qu'Israël, le gouvernement du Hamas et l'Autorité palestinienne affrontent un ennemi commun — le coronavirus —, un certain degré de coopération est inévitable. Ainsi, lorsque la demande de masques et de vêtements de protection destinés au personnel soignant en Israël et en Cisjordanie a augmenté, Israël a fait appel à l'industrie textile de Gaza. Les fabricants gazaouis ont étoffé leurs effectifs pour répondre à cette demande, ce qui nous a apporté un peu de répit économique. Même si une telle coordination se situe hors du champ politique, la crise sanitaire impose un changement de priorités qui pourrait ouvrir la voie à une coopération accrue.
Mariam Mahmoud travaille au sein du programme de recherche de POMED. Omar Shaban est le fondateur et directeur de PalThink for Strategic Studies, un centre de réflexion indépendant basé à Gaza. Suivez-le sur Twitter : @Omarthink.
Thème : Humanitarian Crisis — Source d'origine