عOmar Shaban IsmailÉconomie politique · Palestine

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Palestine et Israël : un cercle de l'échec

Omar Shaban Ismail · PalThink for Strategic Studies · 2013

Un commentaire qui lit les cycles répétés de négociation et d'échec entre Palestiniens et Israéliens comme un cercle fermé qui se reproduit sans que ses termes changent.

Bien que les pourparlers de paix entre Israéliens et Palestiniens aient débuté il y a près de vingt ans, aucune paix permanente et durable n’a vu le jour. Cette absence de progrès a créé un terrain propice à la violence, au radicalisme et à la disparité, de part et d’autre.

Les raisons de cet échec à parvenir à un accord de paix définitif entre Israéliens et Palestiniens sont multiples. La Déclaration de principes (Oslo) de 1993 est née de pourparlers entre l’État d’Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) destinés à mettre fin à des décennies d’affrontements et de conflit. L’objectif était la reconnaissance mutuelle, assortie d’un compromis pacifique, équitable et permanent, ainsi qu’une « réconciliation historique », selon les termes de l’accord. Sur le principe, la Déclaration a débouché sur la création de l’Autorité palestinienne (AP), chargée d’administrer les zones placées sous sa souveraineté jusqu’à ce que les deux parties parviennent à un accord de paix complet et global. À l’époque, les deux parties avaient convenu de poursuivre les pourparlers de paix afin d’aboutir à un règlement permanent au terme d’une période transitoire de cinq ans, de 1994 à 1999. Durant cette période devaient être réglées les questions du statut définitif : les réfugiés palestiniens, les frontières, Jérusalem, l’eau, les colonies israéliennes dans les territoires occupés et la sécurité.

Bien que les négociations entre les deux parties se soient poursuivies, avec des hauts et des bas, elles n’ont pas conduit à des mesures concrètes en direction d’un accord de paix. La période transitoire s’est étirée sur quinze ans sans le moindre progrès vers une paix juste, globale et permanente, en raison d’un certain nombre d’obstacles.

Les colonies israéliennes dans les territoires occupés

Depuis son occupation de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est en 1967, Israël s’emploie résolument à créer des « faits accomplis sur le terrain ». Tel-Aviv n’a cessé de construire et d’étendre des colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, tout en édifiant le mur de séparation sur des terres palestiniennes, ce qui a conduit Israël à tracer de nouvelles frontières. La colonisation des territoires occupés a sapé tout effort de relance du processus de paix, un État palestinien étant devenu presque impossible. Les frontières de 1967 n’existent plus, du fait de l’expansion des colonies israéliennes et de l’absence de la communauté internationale, qui ne fait pas pression sur Israël pour qu’il cesse de confisquer des terres palestiniennes en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.

Les colonies israéliennes dans les territoires occupés sont considérées par les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux autres acteurs internationaux comme l’un des principaux obstacles à un accord de paix durable entre Israéliens et Palestiniens. À l’époque du défunt président palestinien Yasser Arafat, l’AP avait fait sien le mot d’ordre « pas de paix avec la colonisation », qui traduisait le refus de la présence des implantations en Cisjordanie.

Malgré le retrait d’Israël de la bande de Gaza en 2005, le démantèlement de toutes les colonies du territoire palestinien et l’évacuation de près de 8 000 colons, ce retrait a été mené à son terme de manière unilatérale, sans coordination avec l’AP. Israël a conservé la maîtrise des frontières de Gaza, de son énergie, de ses importations et de ses exportations, ainsi que de son littoral et de son espace aérien, et le droit d’engager des opérations militaires à sa guise : il préservait ainsi clairement son emprise sur Gaza en tant que puissance dirigeante.

De plus, après le retrait de Gaza, la construction de colonies s’est intensifiée en Cisjordanie. Les colonies du territoire occupé ont atteint le nombre de 124, où vivent 501 000 colons. Les Palestiniens considèrent les colonies comme illégitimes et exigent l’arrêt des travaux de construction et d’expansion.

Israël poursuit sa politique de colonisation en dépit de l’avis rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2004, selon lequel « les colonies israéliennes dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, sont illégales et constituent un obstacle à la paix ainsi qu’au développement économique et social, et leur établissement constitue une violation du droit international ». Un rapport récent du Conseil des droits de l’homme des Nations unies affirme qu’Israël « doit engager immédiatement un processus de retrait de tous les colons ». Les négociateurs palestiniens posent comme condition à leur retour à la table des négociations l’arrêt de la construction de colonies israéliennes. Israël, cependant, continue de rejeter cette exigence.

Le mur de l’apartheid (selon l’appellation palestinienne), ou la barrière de sécurité (selon la définition israélienne), constitue un obstacle supplémentaire à la paix. Le mur s’étend sur 700 kilomètres, du nord au sud de la Cisjordanie, le long de la Ligne verte. Selon l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, le mur accapare environ 8,5 % de la Cisjordanie, entre le mur et Israël (au-delà de la Ligne verte des frontières de 1967).

Israël affirme que le mur est nécessaire pour protéger les civils israéliens des attaques palestiniennes. Pourtant, les faits sur le terrain indiquent une tentative israélienne de s’emparer de nouvelles terres en Cisjordanie, puisque son tracé s’écarte de la Ligne verte pour pénétrer dans le territoire occupé. De fait, 90 % de sa construction se déroule à l’intérieur de la Cisjordanie plutôt qu’entre Israël et les territoires occupés. La communauté internationale, des Nations unies aux organisations de défense des droits de l’homme, voit dans cette barrière une violation du droit international.

« Pas de partenaire palestinien pour la paix »

L’affirmation israélienne selon laquelle il n’existe pas de partenaire palestinien dans le processus de paix a souvent servi à plusieurs responsables politiques israéliens à justifier l’absence de progrès des pourparlers. Ce discours s’est imposé avec force sous l’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon, qui a longtemps soutenu qu’il n’y avait pas de partenaire palestinien pour la paix. Sharon a employé des mesures lourdes de conséquences, telle la séparation unilatérale d’avec la bande de Gaza en 2005. À l’époque, devant le congrès du parti Likoud à Tel-Aviv, il déclarait : « S’il apparaît qu’il n’y a pas de partenaire du côté palestinien, nous nous isolerons d’eux politiquement et financièrement. »

Certains responsables politiques israéliens, comme l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, ont toutefois accusé le gouvernement de Benyamin Netanyahou d’esquiver une solution politique en invoquant l’argument de l’absence de « partenaire palestinien pour la paix ». Olmert, ainsi que Tzipi Livni, ancienne présidente du parti Kadima, ont en outre affirmé que le gouvernement Netanyahou ne dit pas la vérité à l’opinion israélienne lorsqu’il prétend qu’il n’y a pas de partenaire palestinien dans le processus de paix.

Israël est convaincu qu’aucune négociation ne sera possible tant que le système politique palestinien restera divisé. De fait, il refuse d’avoir le Hamas pour partenaire de négociation en vue de la paix, celui-ci ne reconnaissant pas Israël, et préfère s’entretenir avec le président palestinien Mahmoud Abbas.

C’est la signature de l’accord d’Oslo, en 1993, qui a fait de l’idée d’une solution à deux États la justification d’une issue négociée au conflit israélo-palestinien, ouvrant ainsi les négociations entre l’OLP et Israël. Cette tentative de résolution du conflit a ouvert la voie à l’accord mutuel du gouvernement israélien et de l’OLP. Yasser Arafat, alors à la tête de l’OLP et de l’Autorité palestinienne, a promu ce processus en deux étapes dont il pensait qu’il conduirait à la reconnaissance de la Palestine comme État indépendant. De son côté, Israël était lui aussi favorable à ce que l’OLP soit un partenaire de paix véritablement reconnu.

Les Palestiniens sont aujourd’hui plus disposés encore à reprendre les pourparlers de paix avec Israël, en particulier depuis que l’Assemblée générale des Nations unies leur a accordé le statut d’État observateur non membre, le 29 novembre 2012.

Des Palestiniens divisés

Le conflit sanglant entre le Fatah et le Hamas, qui a suivi la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes de 2006 et a atteint son paroxysme en 2007, a provoqué une fracture politique et géographique. La bande de Gaza est ainsi passée sous la domination du Hamas, tandis que la Cisjordanie est demeurée sous l’autorité de l’AP et du Fatah.

Cette division politique a affaibli le système politique palestinien, engendré une incohérence des politiques et des positions et déclenché une crise de la représentation palestinienne. Elle a abouti à la formation de deux gouvernements distincts dans les deux zones : l’AP en Cisjordanie et le gouvernement du Hamas dans la bande de Gaza. Sur le plan politique, l’AP en Cisjordanie s’en est tenue à ses positions connues et a continué de participer aux pourparlers de paix avec Israël, malgré la fracture qui a frappé la scène palestinienne.

Les tentatives de mettre fin à la division entre le Fatah et le Hamas ont été nombreuses, mais toutes les initiatives ont échoué jusqu’à présent. Cela s’est effectivement répercuté sur la difficulté de la situation politique palestinienne et sur son poids, tant sur le plan local qu’international.

Israël a par ailleurs invoqué cette désunion à maintes reprises pour justifier l’absence de partenaire palestinien pour la paix. La division interne palestinienne contribue fortement à entraver d’éventuels pourparlers de paix. La fragmentation du système politique palestinien alimente la position israélienne, qui soutient que l’AP ne représente pas l’ensemble des Palestiniens. Tandis que l’AP a poursuivi les pourparlers de paix avec Israël, le Hamas les rejette entièrement. Ainsi, lorsque les négociations ont repris entre le président Abbas et Ehud Olmert, le Hamas les a qualifiées d’« absurdes » et a vu dans cette démarche un crime contre le peuple palestinien.

La division interne palestinienne était, et demeure, un obstacle à la paix, car elle contribue à affaiblir et à disperser l’unité politique palestinienne, la rendant vulnérable aux interactions régionales et internationales.

La division de la Palestine entre le Hamas à Gaza et le Fatah en Cisjordanie a fourni à Israël de quoi justifier son refus d’honorer ses engagements de paix. Mettre fin à la division entre Palestiniens est indispensable pour relancer les pourparlers de paix. Y mettre fin ne sert pas seulement l’intérêt des Palestiniens eux-mêmes, mais aussi celui d’une paix durable avec les Israéliens. Il est sans nul doute essentiel, pour Israël comme pour les Palestiniens, de mener à bien les négociations du processus de paix. Une telle issue permettrait la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient.

La première étape pour briser ce cycle sans fin d’agressions est de parvenir à une réconciliation nationale entre le Hamas et l’Autorité palestinienne. L’unification de la représentation palestinienne exige l’organisation d’élections présidentielle et législatives six mois après la formation du gouvernement d’union palestinien. C’est alors seulement que la direction palestinienne nouvellement élue pourra reprendre les pourparlers de paix avec Israël, sous la médiation de la communauté internationale.

Note de l’auteur

La Palestine s’étant récemment vu accorder le statut d’« État observateur non membre » par l’Assemblée générale des Nations unies, la matière à débat est abondante. Bien que les responsables palestiniens soient beaucoup plus désireux de reprendre les pourparlers de paix avec Israël, ils menacent néanmoins d’envisager de déférer Israël devant la Cour pénale internationale (CPI) s’il persiste dans des actes d’agression contre l’État occupé de Palestine. Dès lors, si Israël s’obstine à refuser l’application de la Quatrième Convention de Genève concernant l’existence et l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, désormais en violation du droit international, les Palestiniens seront amenés à déposer une plainte contre Israël devant la CPI, à défaut de la communauté internationale.

Thème : Palestinian-Israeli Conflict — Source d'origine

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