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Omar Shaban Ismail · Foreign Policy · 2018
Un article de Foreign Policy qui lit la Grande Marche du retour comme une protestation contre le chômage, le blocus et l'absence d'horizon économique, plutôt que contre l'existence d'Israël.
Un article de Foreign Policy qui lit la Grande Marche du retour comme une protestation contre le chômage, le blocus et l'absence d'horizon économique, plutôt que contre…
Le principal moteur de la « Grande Marche du retour » a été la colère suscitée par les conditions de vie effroyables qui règnent à Gaza.
Ces derniers mois, des dizaines de milliers de Palestiniens ont marché vers la frontière entre Gaza et Israël, dans ce qu'il est convenu d'appeler la « Grande Marche du retour ». Pour la seule journée du 14 mai, plus de 60 personnes ont été tuées et plus de 2 700 blessées par les balles et les gaz lacrymogènes israéliens. Si cette contestation de masse, toujours en cours, a réussi à attirer l'attention du monde sur la crise humanitaire à Gaza, elle a également rappelé aux pays arabes, à l'Union européenne, aux États-Unis et à Israël que Gaza, longtemps perçue comme un conflit stable, est en réalité loin de l'être. L'appel lancé par certains militants à marcher vers la frontière de Gaza avec Israël a été perçu par le Hamas et d'autres factions palestiniennes comme une occasion en or de sortir des multiples crises auxquelles ils font face et de reporter la colère de la population sur l'occupation israélienne.
Le principal moteur de ces marches a été la colère suscitée par les conditions effroyables dans lesquelles vivent les Gazaouis. Gaza est assiégée par Israël depuis plus de onze ans, et sa population souffre de pénuries d'électricité, d'un manque d'eau et de l'impossibilité de voyager. Elle est aussi victime des échecs politiques de l'Autorité palestinienne comme du Hamas : ni le processus de paix conduit par l'Autorité ni la résistance armée menée par le Hamas n'ont amélioré en quoi que ce soit la vie des habitants de Gaza, dont 65 pour cent ont moins de 30 ans et ne sont jamais sortis de l'enclave. Un rapport des Nations unies publié en 2012 prévoyait que Gaza ne serait plus vivable à l'horizon 2020.
Ces derniers mois, des dizaines de milliers de Palestiniens ont marché vers la frontière entre Gaza et Israël, dans ce qu'il est convenu d'appeler la « Grande Marche du retour ». Pour la seule journée du 14 mai, plus de 60 personnes ont été tuées et plus de 2 700 blessées par les balles et les gaz lacrymogènes israéliens. Si cette contestation de masse, toujours en cours, a réussi à attirer l'attention du monde sur la crise humanitaire à Gaza, elle a également rappelé aux pays arabes, à l'Union européenne, aux États-Unis et à Israël que Gaza, longtemps perçue comme un conflit stable, est en réalité loin de l'être. L'appel lancé par certains militants à marcher vers la frontière de Gaza avec Israël a été perçu par le Hamas et d'autres factions palestiniennes comme une occasion en or de sortir des multiples crises auxquelles ils font face et de reporter la colère de la population sur l'occupation israélienne.
Le principal moteur de ces marches a été la colère suscitée par les conditions effroyables dans lesquelles vivent les Gazaouis. Gaza est assiégée par Israël depuis plus de onze ans, et sa population souffre de pénuries d'électricité, d'un manque d'eau et de l'impossibilité de voyager. Elle est aussi victime des échecs politiques de l'Autorité palestinienne comme du Hamas : ni le processus de paix conduit par l'Autorité ni la résistance armée menée par le Hamas n'ont amélioré en quoi que ce soit la vie des habitants de Gaza, dont 65 pour cent ont moins de 30 ans et ne sont jamais sortis de l'enclave. Un rapport des Nations unies publié en 2012 prévoyait que Gaza ne serait plus vivable à l'horizon 2020.
La minuscule bande de Gaza continue de bénéficier d'une couverture médiatique mondiale sans commune mesure avec sa taille. Cela ne tient ni à sa richesse ni à ses ressources naturelles, mais à sa situation géographique et à la complexité de sa gouvernance. Gaza se trouve aux confins d'Israël, jouxte la péninsule du Sinaï où des djihadistes affrontent l'armée égyptienne, et relève nominalement de l'Autorité palestinienne tout en étant gouvernée par le Hamas, qu'Israël, les États-Unis et l'Union européenne considèrent comme une organisation terroriste.
Après la victoire électorale du Hamas en 2006, de violents affrontements ont éclaté entre les forces du Hamas et l'Autorité palestinienne ; ils se sont achevés en juin 2007 par la prise de Gaza par la force par le Hamas, l'Autorité se trouvant cantonnée à la Cisjordanie. Malgré sa défaite, l'Autorité palestinienne a continué de rémunérer ses 50 000 employés basés à Gaza, pour l'essentiel restés chez eux afin de ne pas travailler sous l'autorité du Hamas. Elle règle également la facture de l'électricité fournie à Gaza (achetée à Israël), ainsi que des allocations mensuelles de 100 dollars versées à quelque 100 000 personnes relevant de ce que l'on appelle les cas de détresse : essentiellement les plus démunis, les personnes handicapées et les femmes vulnérables.
Peu après la prise de Gaza par le Hamas en juin 2007, le gouvernement israélien a qualifié le territoire d'« entité hostile » et imposé de lourdes restrictions à la circulation des marchandises entrant à Gaza et en sortant. Le Hamas a répondu en creusant des dizaines de tunnels sous la frontière avec l'Égypte. Le commerce des tunnels est devenu la principale bouée de sauvetage de la population gazaouie, mais aussi la première source de revenus du gouvernement dirigé par le Hamas : on estime que celui-ci a perçu plus de 500 millions de dollars de taxes sur ce commerce souterrain. De 2007 à aujourd'hui, le Hamas a recruté quelque 40 000 employés, qui ont remplacé les fonctionnaires de l'Autorité palestinienne, lesquels ont continué de toucher leur salaire de l'Autorité tout en restant chez eux.
Les habitants de Gaza ont ensuite subi trois guerres majeures entre le Hamas et Israël, en 2008, 2012 et 2014. En 2014, 11 000 maisons ont été détruites et 6 800 gravement endommagées, sans compter d'autres infrastructures essentielles. La reconstruction de Gaza est devenue un nouveau terrain d'affrontement et de rivalité entre les dirigeants de l'Autorité palestinienne à Ramallah — qui exigeaient que tous les dons étrangers transitent par leurs canaux — et le Hamas, qui entend recevoir sa part des financements de la reconstruction.
La crise économique a elle aussi largement contribué à la dégradation des conditions de vie et à la colère de la population. Le Hamas a traversé une grave crise financière en 2013, lorsque le président égyptien d'alors, Mohamed Morsi, qui lui était favorable, a été écarté du pouvoir. Le nouveau président, Abdel Fattah al-Sissi, a lancé une campagne de destruction des tunnels reliant Gaza à l'Égypte, portant atteinte à la première source de revenus du Hamas. Celui-ci s'est dès lors trouvé dans l'incapacité de verser les salaires de ses 40 000 agents et d'assumer ses autres coûts de fonctionnement. L'Égypte ferme aujourd'hui le poste-frontière de Rafah la plus grande partie de l'année, alors même qu'il constitue la seule issue hors de Gaza pour la majorité de la population du territoire. Les habitants sont pris au piège.
Puis, en mars 2017, l'Autorité palestinienne à Ramallah a engagé des mesures financières contre Gaza afin de faire pression sur le Hamas. Ces mesures sont allées de réductions de salaire de 30 à 50 pour cent pour les employés de l'Autorité basés à Gaza à la suspension pure et simple du salaire d'autres agents, en passant par la diminution de la facture qu'elle acquitte pour l'approvisionnement électrique de Gaza et le report des versements mensuels aux cas de détresse du territoire. L'objectif était de réduire les taxes perçues par le Hamas et d'accroître la colère de la population contre sa direction. En somme, l'Autorité palestinienne voulait convaincre les Gazaouis que le Hamas était la cause de leur misère.
Après plusieurs cycles de pourparlers de réconciliation entre le Hamas et l'Autorité palestinienne, entre 2011 et 2017, le dernier accord en date a été conclu sous médiation égyptienne et signé le 12 octobre 2017. Il prévoyait que le Hamas cède intégralement la gouvernance de Gaza à l'Autorité palestinienne et que celle-ci verse les salaires de 40 000 employés du Hamas. Quelques mois après la signature, le gouvernement de l'Autorité à Ramallah a affirmé que le Hamas n'avait pas remis l'ensemble de la bande de Gaza aux forces de sécurité de l'Autorité et qu'il continuait de percevoir des taxes dont la collecte devait revenir, aux termes de l'accord, au gouvernement de l'Autorité. En conséquence, ce dernier a refusé d'intégrer à sa masse salariale les 40 000 employés recrutés par le Hamas et de verser leurs salaires (soit environ 30 millions de dollars par mois).
Le siège israélien, la fermeture de la frontière égyptienne et les mesures financières prises par l'Autorité palestinienne contre Gaza ont réussi à isoler politiquement le Hamas et l'ont placé sous une forte contrainte financière. Les dirigeants du Hamas soutiennent, quant à eux, avoir consenti des concessions remarquables à toutes les parties prenantes : à l'Autorité palestinienne, en renonçant à la gouvernance de Gaza ; à Israël, en cessant les tirs de roquettes vers le sud du pays ; à l'Égypte, en aidant Le Caire à combattre les groupes terroristes islamistes dans le Sinaï — le tout sans rien obtenir en retour. Les autres parties, elles, insistent : le Hamas doit tout abandonner avant de pouvoir obtenir quoi que ce soit en échange.
En conséquence, les habitants de Gaza sont devenus les otages des politiques contradictoires des différentes parties prenantes.
Le Hamas cherche à transférer à l'Autorité palestinienne la responsabilité économique de la bande de Gaza tout en conservant une capacité militaire souterraine. Il dispose d'un arsenal considérable à l'intérieur de Gaza et contrôle une partie des tunnels qui subsistent sous la frontière avec le Sinaï. Il veut conserver cette capacité pour protéger sa position et s'en servir comme monnaie d'échange face à l'Autorité palestinienne et à Israël. C'est une imitation de la démarche du Hezbollah, le mouvement armé libanais : l'État finance les services sociaux mais ne contrôle pas une grande partie des armes présentes sur son territoire. Le Hezbollah est ainsi devenu, de fait, un État dans l'État.
L'Autorité palestinienne rejette ce modèle et veut que le Hamas renonce à la gouvernance, aux armes et au contrôle de la frontière. Son intérêt est de préserver son influence dans la bande de Gaza et sur sa population, ce qui lui permet de maintenir sa prétention à être le représentant légitime de l'ensemble du peuple palestinien.
La position d'Israël à l'égard du Hamas est passée de l'affirmation qu'il s'agit d'une organisation terroriste devant être démantelée par la force à l'idée qu'il constitue une entité hostile qu'il faut dissuader afin de préserver le statu quo, en maintenant les Palestiniens politiquement divisés et sans provoquer l'effondrement total du régime en place à Gaza.
Enfin, l'Égypte ne reconnaît pas le Hamas comme un interlocuteur légitime, mais elle a désespérément besoin de son aide pour sécuriser sa frontière et pour appuyer ses campagnes contre les groupes terroristes salafistes dans la péninsule du Sinaï.
Gaza est devenue un lieu dans lequel aucune des parties influentes ne veut trop s'investir, sans pour autant accepter de s'en désengager complètement. Pendant ce temps, les 2 millions de personnes qui y vivent continuent de souffrir.
Thème : Gaza Economy — Texte © Foreign Policy — archivé ici avec attribution à la source. — Source d'origine