عOmar Shaban IsmailÉconomie politique · Palestine

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Gaza entre réalité et perspectives : après les ententes Égypte-Hamas-Dahlan

Omar Shaban Ismail · Arab Reform Initiative · 2017

Analyse de la situation de la bande de Gaza, entre réalité économique et politique et perspectives possibles, à la suite des ententes de 2017 entre l'Égypte, le Hamas et Mohammed Dahlan, et de leurs implications pour l'avenir de la gouvernance à Gaza.

Analyse de la situation de la bande de Gaza, entre réalité économique et politique et perspectives possibles, à la suite des ententes de 2017 entre l'Égypte, le Hamas et…

Les récentes discussions entre l'Égypte, le Hamas et Mohammed Dahlan, bien qu'elles aient été en partie inattendues, ont relancé le débat sur l'avenir de la bande de Gaza. Elles se sont en outre déroulées dans le contexte plus large de la reprise des négociations entre les États-Unis et les pays arabes sur la fin du conflit israélo-palestinien et sur la recomposition de la carte politique de la région. L'avenir de la bande de Gaza demeure néanmoins incertain. La présente étude expose quatre issues possibles de ces récentes discussions.

Dans une nouvelle étude de la série Alternatives politiques, Omar Shaban revient sur les ententes inattendues conclues entre le Hamas, l'Égypte et Mohammed Dahlan, sur les craintes et les espoirs qu'elles ont suscités de voir l'avenir de la bande de Gaza se dessiner enfin, ainsi que sur la portée de l'annonce faite récemment par le Hamas de la dissolution du comité qu'il avait créé pour administrer les affaires de la bande. L'étude formule également plusieurs recommandations quant à la manière d'aborder la cause palestinienne.

Omar Shaban explique que ces ententes s'inscrivent dans une vision arabo-américaine visant à réorganiser la région, à recomposer les axes régionaux et à résoudre le conflit israélo-palestinien. La variable soudaine que constituent ces ententes (Dahlan-Hamas-Égypte) a toutefois produit des mutations que l'on peut lire à travers quatre scénarios.

Le premier scénario, qui porte sur la réalisation de la réconciliation entre l'Autorité palestinienne et le Hamas, est considéré comme le plus favorable au rassemblement des Palestiniens. Mais il continue de piétiner.

Le deuxième, fondé sur une entente entre le Hamas et Mohammed Dahlan en dehors de l'Autorité palestinienne et partant d'une porte d'entrée humanitaire, pourrait aboutir à la séparation de la bande de Gaza et à la disparition de toute chance d'établir un État palestinien dans les frontières de 1967 s'il se réalise sans consensus.

Le troisième scénario, qui propose une approche sécuritaire en échange de l'amélioration des conditions de vie dans la bande de Gaza, pourrait être accepté à contrecœur par les parties. Mais on craint qu'il ne se mue en une situation permanente conduisant à l'établissement d'un mini-État de Gaza.

Le quatrième, qui envisage le déclenchement d'une nouvelle guerre contre la bande de Gaza, est catastrophique, même s'il est actuellement peu probable, compte tenu de l'intervention égyptienne et du fait que les États de la région n'ont nul besoin d'une nouvelle guerre qui viendrait entraver la solution régionale et le rapprochement attendu avec Israël face au terrorisme et à l'Iran.

Quant à l'annonce faite par le Hamas en septembre 2017 de la dissolution du comité administratif dont la formation lui avait valu des sanctions de la part de l'Autorité palestinienne, l'auteur y voit une reconnaissance de l'effort égyptien et l'expression tangible d'une coordination et d'une entente croissantes entre les deux parties.

L'étude recommande enfin la réalisation de la réconciliation et la mise en capacité du gouvernement de consensus ou d'union nationale d'exercer ses missions ; elle recommande de ne pas entraîner la cause palestinienne dans les conflits et les alignements régionaux, et de s'en tenir aux résolutions de la légalité internationale, considérées comme la garantie permettant de mettre fin à toute revendication susceptible de naître des insuffisances des initiatives.

L'étude recommande également à la communauté internationale d'agir sérieusement pour résoudre la cause palestinienne, dont le règlement contribuerait à fermer la porte au terrorisme dans la région, à limiter les vagues migratoires et à apaiser les conflits régionaux.

Les ententes conclues dernièrement entre le Hamas, l'Égypte et Mohammed Dahlan ont suscité le débat, mais aussi des craintes et des espoirs de voir l'avenir de la bande de Gaza se dessiner enfin, sans qu'il soit encore possible d'en déterminer la forme ni le contexte. Ces ententes n'étaient pas attendues, compte tenu de la vive hostilité existant entre le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza depuis juin 2007, l'homme fort du Fatah et député au Conseil législatif Mohammed Dahlan, et l'Égypte, qui considère le Hamas comme une composante de l'organisation des Frères musulmans et, selon Le Caire, comme illégitime. Ces ententes se sont inscrites dans une vision arabo-américaine visant à réorganiser la région, à recomposer les axes régionaux et à résoudre le conflit israélo-palestinien. Les contours de cette vision ont commencé à se manifester après la visite du roi de Jordanie à Washington le 4 avril 2017, puis celle du président égyptien le 6 avril 2017, puis celle du président Mahmoud Abbas le 2 mai 2017, au cours de laquelle il a affirmé devant la communauté palestinienne et arabe « qu'il était venu auprès du président Trump avec un texte écrit ayant fait l'objet d'un accord avec des chefs d'État arabes ». L'essentiel de ce que contenait la vision d'Abbas pour une solution est un État palestinien dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.

Dans le cadre de l'interaction du président palestinien avec la vision arabe, celui-ci a engagé une démarche visant à ramener la bande de Gaza au sein du système politique palestinien, en prévision du traitement des initiatives avancées pour résoudre le conflit. Il a ainsi annoncé, devant la conférence des ambassadeurs de Palestine réunie à Manama, capitale de Bahreïn, le 11 avril, que l'Autorité palestinienne s'apprêtait à « prendre des mesures décisives » pour faire face à la situation dangereuse créée par le Hamas à Gaza en formant le comité administratif. Ces mesures ont pris la forme d'une réduction de 30 % des salaires des fonctionnaires, d'une diminution de la quantité d'électricité et de la suspension des allocations versées aux prisonniers du Hamas à Gaza. Ces mesures sont intervenues dans un contexte de défis sociaux et économiques pesant lourdement sur les habitants de la bande, de pénurie aiguë de ressources financières, de fermeture quasi permanente du point de passage de Rafah et de menaces israéliennes répétées de lancer une quatrième guerre contre la bande de Gaza.

Beaucoup ont cru que ces mesures du président Mahmoud Abbas contraindraient le Hamas à reculer et à dissoudre le comité administratif qu'il venait de former pour administrer la bande de Gaza, au motif, selon le Hamas, que le gouvernement palestinien de consensus national n'assumait pas ses missions. Mais la variable soudaine que constituent les ententes (Dahlan-Hamas-Égypte) a produit des mutations que l'on peut lire à travers les scénarios suivants :

Premier scénario : réaliser la réconciliation palestinienne et unifier le système politique et la société palestiniens

Dans ce scénario, la réconciliation se réalise entre l'Autorité palestinienne et le Hamas, ou entre le président et Mohammed Dahlan, ou encore entre les trois parties, ce qui dépend dans une large mesure des intérêts des parties palestiniennes, de leur volonté et de leur détermination à réaliser l'unité, ainsi que de leurs attaches régionales. Selon ce scénario, le comité administratif est dissous et le gouvernement de consensus ou un gouvernement d'union nationale est mis en capacité de conduire une administration exerçant ses missions et ses prérogatives dans la bande de Gaza et préparant la tenue d'élections générales. Parallèlement, le comité préparatoire du Conseil national tient une session visant à intégrer les factions, à développer l'Organisation, à unifier les rangs nationaux et à restaurer l'unité du système politique palestinien.

Ce qui accroît encore le besoin de réconciliation des parties, c'est que le Hamas et Mohammed Dahlan ne disposent ni de la reconnaissance régionale et internationale permettant de traiter avec la communauté internationale et ses institutions, ni d'une représentation diplomatique pour gérer les intérêts des habitants de Gaza, ni du contrôle des banques, de la délivrance des passeports et des documents officiels, du versement des salaires ou du financement de projets stratégiques tels qu'une station de dessalement de l'eau, une centrale électrique et une station d'épuration des eaux usées. Cela les lie formellement à l'Autorité, même dans le cadre d'une administration autonome indépendante. L'Égypte, de son côté, ne voudra pas s'inscrire au passif d'avoir été la partie qui a enraciné la division du peuple palestinien et jeté le doute sur sa représentation devant le monde. Même l'ouverture du point de passage de Rafah, si elle intervenait sous leur administration, constituerait une concession égyptienne s'inscrivant dans une politique visant à contenir le Hamas et à l'éloigner du camp qatari. L'Autorité et le président ont eux aussi besoin d'unifier le peuple palestinien face à l'adoption par l'administration américaine de la solution régionale, qui y donne la priorité à la normalisation des relations arabes avec Israël, et face à l'encouragement donné par cette administration à la vision israélienne consistant à établir un État à Gaza et à annexer la majeure partie de la Cisjordanie en échange d'une autonomie dans des cantons dispersés. Ce qui reviendrait à liquider la cause palestinienne. Il s'agit également de faire front aux pressions américaines relatives à la suspension des salaires des prisonniers et des martyrs.

Malgré le désaccord entre les parties sur la première étape — à savoir dissoudre le comité administratif et mettre le gouvernement de consensus en capacité d'agir, selon la vision de l'Autorité, ou bien que le gouvernement de consensus assume ses responsabilités puis que le comité administratif soit dissous, selon la vision du Hamas — l'option de la réconciliation, en dépit de dix années d'échec, demeure la meilleure pour toutes les parties palestiniennes. Elle réalise l'unité entre la Cisjordanie, avec sa superficie et ses capacités, et la bande de Gaza, avec sa position géographique et ses ressources humaines. Elle réunit également la légitimité palestinienne incarnée par le président Abbas et la légitimité de la résistance. Le dernier document politique du Hamas1Lors d'une conférence de presse tenue à Doha le 1/5/2017, Khaled Mechaal a annoncé un document de principes et de politiques générales du Hamas, présenté en 42 points, dont les dispositions les plus notables sont l'acceptation par le Hamas de l'établissement d'un État palestinien indépendant et pleinement souverain, avec Jérusalem pour capitale, sur les lignes du 4 juin 1967, ainsi que le retour des réfugiés et des déplacés dans les foyers dont ils ont été chassés. constitue une occasion pour que le monde accepte sa participation au système politique palestinien, dès lors qu'il a accepté un État dans les frontières de 1967.

Les développements en cours pourraient pousser les parties au rapprochement, ce que veut le Hamas, et ce que veut également Mohammed Dahlan, malgré les fuites concernant leur accord pour dépouiller le président de ses prérogatives politiques. Si le Hamas se rapprochait de Mohammed Dahlan, l'Autorité pourrait être amenée à lui consentir une concession afin de l'éloigner de l'alliance avec ce dernier. À l'inverse, cette relation pourrait pousser le président à se réconcilier avec Mohammed Dahlan sous la pression égyptienne, en échange de la non-constitution d'alliances portant atteinte à la position du président et à sa représentation du peuple palestinien. L'Égypte, de son côté, tient à éloigner le Hamas de l'axe Qatar-Turquie-Iran tout en ne souhaitant pas porter atteinte à la légitimité du président Mahmoud Abbas, ce qui la conduira à trouver une formule permettant la poursuite des ententes et l'intégration du président comme partie prenante, de sorte qu'elles débouchent sur la dissolution du comité administratif et sur la mise en capacité du gouvernement de consensus par la remise à celui-ci de l'ensemble des missions dans la bande.2Le président Abbas : je suis venu à Washington avec un projet de paix écrit ayant fait l'objet d'un accord arabe, Sama News, 3/5/2017. Ou bien la formation d'un gouvernement d'union nationale sur la base du programme de l'Organisation de libération de la Palestine, et la préparation des élections législatives et présidentielle.3Quatre conditions différentes posées par le Fatah et le Hamas avant l'ouverture des dialogues bilatéraux, Sawa, 18/4/2017.

Deuxième scénario : la poursuite et l'approfondissement des ententes

La variable du rapprochement naissant entre Mohammed Dahlan et le Hamas, sous couverture égyptienne et avec un financement émirati, aurait pu paraître ordinaire au vu des querelles entre le Fatah et le Hamas et de la relation parfois tiède entre l'Autorité nationale et l'Égypte. Mais cette variable est apparue dangereuse compte tenu des changements et des alignements accélérés dans la région, ainsi que des projets avancés — nouveaux par la forme, anciens par le fond — pour résoudre la cause palestinienne selon les calculs de la région et non sur la base des résolutions internationales.4Saber, Al-Aref, 2017, Les contradictions palestiniennes s'aggravent… et l'indifférence d'Abbas au rapprochement entre Dahlan et le Hamas soulève des interrogations :

Ce nouveau triangle de rapprochement apparaît en surface comme la recherche de tactiques permettant de surmonter la mauvaise situation de la bande de Gaza ; mais, dans sa substance profonde, il s'agit de la recherche d'un État à Gaza, conformément à une solution arabe consensuelle de la cause palestinienne que l'Amérique cherche à adopter selon des mesures israéliennes. Cet arrangement est connu sous le nom d'accord du siècle et consiste à faire entrer Israël dans la région comme l'une de ses composantes naturelles, qui ne fait l'objet d'aucune contestation ! Le docteur Anwar Eshki* a détaillé ces nouvelles aspirations en déclarant : « Le Royaume s'orientera vers la normalisation avec Israël après l'application de l'Initiative arabe*. » Pour sa part, Netanyahou a avancé une initiative légèrement différente, dans laquelle l'État palestinien serait une union confédérale garantie par la Jordanie et l'Égypte, la question de Jérusalem étant renvoyée à la fin. Cette initiative est actuellement à l'étude aux États-Unis.

La dangerosité de l'initiative israélienne peut dépasser celle de « l'Initiative arabe »[5] qui, selon Ofir Israeli**, est rejetée et n'assure pas la sécurité d'Israël ; Israël présente donc une nouvelle initiative comprenant « la reconnaissance de la majorité juive, assortie d'une séparation démographique, le règlement du problème des réfugiés par leur naturalisation, et la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan syrien ».[6]

La dangerosité de cette proposition tient à ce qu'elle coïncide avec une faiblesse arabe : il est probable que les pressions seront dirigées vers la partie palestinienne, la plus faible.[7] Cette proposition, qui se heurtera au refus du président Mahmoud Abbas, peut être imposée par le biais du rapprochement entre le Hamas et Mohammed Dahlan, auquel Israël ne s'oppose pas.[8] Mohammed Dahlan veut jouer un rôle dans la définition de la politique palestinienne, et cela peut offrir au Hamas une couverture lui permettant de dépasser son étiquetage comme mouvement terroriste. La probabilité que le Hamas donne son accord tient au fait que, selon Anwar Eshki, il « a approuvé des initiatives similaires lorsque les Frères musulmans gouvernaient l'Égypte, et que son dernier document a montré son adhésion à la solution des deux États ».[9]

Il est vrai que la substance de ce rapprochement entre ces protagonistes est de venir à bout d'un adversaire puissant, Mahmoud Abbas ; mais sa dangerosité réside dans la réceptivité aux nouvelles initiatives, car il pourrait en résulter un gaspillage du projet national palestinien, par la séparation de la bande de Gaza du projet d'État palestinien, en particulier si l'Égypte continue de soutenir ce rapprochement pour des motifs dont les principaux sont :

La préservation de sa sécurité nationale face à la poursuite des opérations terroristes dans le Sinaï, ce qui peut accélérer les démarches d'entente avec le Hamas, en faisant passer l'intérêt de sa sécurité nationale avant le dossier politique, surtout si le Hamas fait preuve d'une coopération sécuritaire tangible.

La disparition du risque de voir la bande de Gaza sombrer dans le chaos à mesure que s'aggrave la division.

Le lien entre ses intérêts économiques et le Golfe, et son alignement sur l'axe saoudien face à l'axe qatari-turco-iranien, ce qui exige de contenir le Hamas et de l'en éloigner.

Quelle que soit la voie que prendra ce rapprochement tripartite, ses tendances latentes saperont les institutions et les structures existantes de l'Organisation de libération de la Palestine et de son Autorité s'il venait à s'enraciner. Mais il est plus probable que l'Égypte préfère procéder à des tests tactiques afin de faire pression sur le président Mahmoud Abbas pour qu'il consente des concessions, soit en direction de Mohammed Dahlan, soit en direction du Hamas, soit des concessions permettant son engagement dans la solution arabe proposée.

Troisième scénario : le piétinement des ententes (le maintien de la situation en l'état)

Ces ententes ne sont rien de plus que des tactiques destinées à soulager Gaza, dans un contexte de contraintes, d'impuissance diplomatique et de dure réalité imposée par la région, ainsi que de dénuement et d'effondrement dans la bande de Gaza. L'Égypte ne passera pas outre le président palestinien, et la région n'a pas tranché ses choix à l'égard du président palestinien et de son écartement de la scène, du moins pour ce qui concerne la bande de Gaza.[10] Le porte-parole de la présidence égyptienne, l'ambassadeur Alaa Youssef, a en effet affirmé que « l'Égypte ne parraine aucun accord entre Mohammed Dahlan et le Hamas qui porterait atteinte à l'unité du peuple palestinien et à sa légitimité en dehors de l'Organisation de libération de la Palestine et du président Abbas, mais l'Égypte n'empêche pas les Palestiniens de s'asseoir les uns avec les autres en vue d'une réconciliation entre frères ».[11]

Il semble que la direction égyptienne ait mis à profit le recul du Qatar en éloignant le Hamas de ce dernier, tout en sécurisant ses frontières avec la bande de Gaza, en coupant toute relation supposée entre le Hamas et des groupes présents dans le Sinaï, et en soulageant Gaza afin d'éviter son explosion.[12] En contrepartie, le Hamas obtient plusieurs gains, au premier rang desquels l'allègement du blocus, compte tenu des options limitées du mouvement et de la dégradation de la situation dans la bande de Gaza.[13] Du côté israélien, le journaliste du quotidien Maariv Yossi Melman écrit : « Israël est intervenu secrètement en coulisses ; il vit un dilemme en répondant à la demande de l'Autorité de réduire l'électricité, mais il ne veut ni explosion ni escalade militaire dans la bande de Gaza », ce que confirme la déclaration d'Avigdor Lieberman selon laquelle « les pressions du président Abbas sur le Hamas l'entraîneront dans une guerre avec Israël ».[14]

Il apparaît que personne ne souhaite le scénario de l'explosion de la bande de Gaza, et que tous distinguent encore parfaitement entre affaiblir le Hamas selon une formule déterminée (garantissant une transmission du pouvoir sans heurts) et porter atteinte à sa capacité de contrôler la situation dans la bande ; car les effets d'un scénario d'effondrement de la bande pourraient ne pas s'arrêter à l'affaiblissement du Hamas, mais ouvrir la voie au chaos et à l'expansion des groupes djihadistes, sur fond de dégradation des conditions de vie et de chômage. Cela constituerait un fardeau pour l'Égypte comme pour Israël. Les frontières de l'Égypte avec Gaza deviendraient bien plus perméables, tandis qu'Israël serait tenu d'assumer sa responsabilité juridique en tant que puissance occupante, etc.

Quatrième scénario : les options de guerre

Premièrement : affaiblir le Hamas sans mettre fin à son pouvoir

Israël considère le Hamas comme une organisation « terroriste » hostile qu'il faut dissuader. Il estime également nécessaire de ne pas parvenir au point d'effondrement complet du système en place à Gaza, territoire de petite taille et à forte densité de population, que l'on peut contenir de l'extérieur et qu'il est difficile de pénétrer de l'intérieur. Par ailleurs, la division est devenue l'une des composantes de la stratégie israélienne dans son traitement des Palestiniens, et ce qu'il faut, c'est une adresse stratégique stable dans la bande, que l'on puisse dissuader et avec laquelle on puisse s'entendre. Cela fixe le plafond de toute opération militaire.[15] Mais cela ne signifie pas qu'Israël hésiterait à porter un coup affaiblissant le Hamas et le contraignant à faire émerger un nouveau corps palestinien avec lequel négocier, à la faveur d'un rôle égyptien pleinement assumé, comme cela s'est produit lors de la guerre de 2014, lorsque Azzam al-Ahmad conduisait la délégation de négociation.[16]

La constitution à Gaza d'un mini-État quasi indépendant, rattaché à un giron régional qu'est l'Égypte, tout en concédant au Hamas le contrôle administratif, constitue une option qui convient à Israël.[17] D'autant que le volet sécuritaire, qui intéresse Israël au premier chef, est assuré par un dispositif d'alerte précoce des frontières constamment actualisé et par des mécanismes de dissuasion préventive : Israël n'a jamais cessé de bombarder par voie aérienne des cibles qu'il qualifie de « potentiellement dangereuses ».[18] De même, l'existence de l'entente Hamas-Dahlan-Égypte peut être mise à profit dans l'hypothèse d'un effondrement de l'Autorité, et peut servir de couverture pour faire passer toute entente avec Israël dont l'intitulé serait Dahlan et le contenu le Hamas.

Deuxièmement : une confrontation mettant fin au pouvoir du Hamas

Ce scénario est étayé par des avertissements sécuritaires israéliens estimant que le Hamas sera en mesure, d'ici deux ans, de menacer le dispositif de protection israélien, ce qui appellerait le lancement d'une opération militaire d'ensemble.[19] Le maintien par le Hamas de la priorité accordée à l'action armée parmi les instruments du conflit est un élément qui se répercute sur la stratégie d'Israël dans toute confrontation à venir dont l'intitulé serait d'en finir avec le Hamas. D'autant plus que la région s'oriente — sous parrainage américain et sous conduite saoudienne — vers l'élimination des mouvements terroristes, selon une classification saoudienne[20] et américaine qui inclut le Hamas.[21]

D'un autre côté, le Hamas pourrait s'orienter vers une guerre afin de lever les effets étouffants du blocus sur le mouvement, dont les principaux sont : la fermeture de l'horizon politique, une faiblesse militaire relative, un revirement de l'opinion publique et des mutations régionales affectant la volonté des alliés du Hamas. Les décisions du Hamas de rompre une trêve tiennent le plus souvent à la conjonction de plusieurs de ces facteurs, et non à un seul d'entre eux.[22]

La persistance du scénario de la menace constitue, pour Israël, une raison suffisante de lancer une guerre de grande ampleur qui n'aurait aucune finalité politique de parvenir à un accord ou de changer le gouvernement ; son objectif serait plutôt d'épuiser le Hamas, de graver la puissance de l'armée israélienne dans la conscience palestinienne, de retarder le prochain conflit, de renouveler la dissuasion, etc. »[23] Le prix en serait payé par les habitants de la bande, qui pourraient se réfugier dans le Sinaï pour fuir l'opération de nettoyage israélienne, dans un climat d'acceptation arabe et internationale sans réprobation, comparable aux opérations de nettoyage de villes telles que Mossoul, Syrte et Raqqa des organisations classées terroristes comme l'organisation de l'État islamique, sans aucun égard pour le nombre effroyable de morts civils ni pour les déplac…

Thème : Gaza Governance — Hamas · Egypt · Dahlan · Palestinian Politics · reconciliation · Gaza Economy — Texte © Arab Reform Initiative — archivé ici avec attribution à la source. — Source d'origine

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