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Combattre la pauvreté à Gaza exige de véritables interventions de développement

Omar Shaban Ismail · PalThink for Strategic Studies · 2020

Un texte qui soutient que la pauvreté à Gaza ne peut plus être traitée par l'aide d'urgence : la réduire suppose des interventions de développement qui reconstruisent la capacité de produire et d'employer, et non la distribution de colis.

Un texte qui soutient que la pauvreté à Gaza ne peut plus être traitée par l'aide d'urgence : la réduire suppose des interventions de développement qui reconstruisent la…

La bande de Gaza s'appauvrit chaque jour davantage : tandis que la classe moyenne, qui joue un rôle important dans le maintien de l'équilibre et de l'harmonie d'une société saine, ne cesse de se réduire, la pauvreté, elle, explose.

Tous les rapports crédibles publiés localement comme à l'échelle internationale confirment que plus des deux tiers des habitants de Gaza, soit deux millions de personnes, sont pauvres et incapables d'assurer le minimum requis pour vivre dignement. De plus, une large proportion de ceux qui travaillent pour de bas salaires relèvent de la catégorie des pauvres. Ces rapports se vérifient dans la réalité : la mendicité se répand, de nouvelles formes de déviances sociales et de délinquance apparaissent, les taux de mariage baissent, les taux de divorce augmentent, en particulier chez les jeunes mariés, et l'abandon scolaire et universitaire progresse. Sans parler d'une forte propension, dans les idées comme dans les actes, à l'extrémisme et au rejet de l'autre. Il ne fait aucun doute que le blocus imposé à la bande de Gaza et les guerres successives sont les principales causes de cette situation tragique, de même que le net recul de l'investissement privé et institutionnel et la diminution du soutien international aux institutions privées et internationales qui opèrent dans la bande de Gaza. Il faut y ajouter l'émigration du capital social et des compétences.

Cela ne dispense pas de constater que les programmes de soutien d'urgence mis en œuvre dans la bande de Gaza depuis plusieurs années n'ont réussi ni à réduire la pauvreté ni même à en geler la progression. Le présent article part du principe que les liquidités et les aides généreuses entrées dans la bande de Gaza, auxquelles s'ajoutent d'importantes recettes locales, auraient pu être employées bien mieux qu'elles ne l'ont été.

Dans le cas de la bande de Gaza, il fallait chercher des interventions qui concilient de manière équilibrée la dimension humanitaire et la dimension du développement. À titre de comparaison, on mesure aisément l'écart considérable, en matière d'impact sur le développement et de durabilité, entre les projets de réhabilitation de la rue Salah al-Din et de la route du bord de mer, qui ont changé le visage et le cœur de la bande de Gaza, et les projets de mariage destinés aux jeunes, qui ont engendré des problèmes sociaux sans fin. Les projets de secours se sont révélés temporaires et réservés à des catégories très vulnérables : ils ne pouvaient se substituer à d'autres interventions.

Dans cet article, je présenterai, à titre d'exemple, les effets de développement que l'on peut obtenir en injectant 30 millions de dollars par mois dans des interventions de développement à impact durable. Voici quelques propositions, à titre indicatif et non exhaustif :

Construire des écoles : la bande de Gaza souffre d'un déficit de plus de cent écoles. Le blocus et l'interdiction d'entrée des matériaux de construction pendant de longues années ont provoqué une surcharge massive des salles de classe. Il faut par ailleurs bâtir de 15 à 20 écoles nouvelles chaque année pour absorber la croissance naturelle de la population. Le coût moyen de construction d'une école est de 1 million de dollars américains. En investissant 30 millions de dollars par mois, il est possible de construire de 20 à 25 écoles neuves chaque mois (220 écoles par an).

Paver les routes : des centaines de kilomètres de routes principales, municipales et agricoles ont encore besoin d'être pavés, réhabilités et améliorés. Le coût moyen du pavage s'élève à 1 million de dollars par kilomètre. En allouant 30 millions de dollars par mois, on peut paver de 20 à 25 kilomètres par mois, soit 220 kilomètres par an. Cela seul suffirait à changer le visage et le cœur de la bande de Gaza. Paver et réhabiliter les routes constitue l'un des jalons de l'urbanisation : cela réduit la pollution, améliore la santé publique, stimule l'activité économique et fait partie des impératifs du développement durable.

Nettoyer, embellir et végétaliser le littoral de la bande de Gaza : ce projet n'est pas moins important que la construction d'écoles. Il consiste à aménager des espaces verts et de petits jardins sur le rivage, de Beit Hanoun à Rafah, en supprimant les empiétements et les résidus, et notamment à transformer la route du bord de mer, aujourd'hui zone de dépôt de déchets, pour l'essentiel des gravats de construction, en un jardin vert courant tout le long de la bande de Gaza. Des milliers de jeunes peuvent être employés dans ce projet, qui embellira la bande de Gaza et créera un environnement sain et propice au tourisme, et plus particulièrement aux autres activités économiques.

Restaurer des milliers de logements modestes dans les camps et les quartiers surpeuplés des villes de Gaza, de Khan Younès et de Rafah, ainsi que dans les zones d'habitat précaire. Cela améliore les conditions de logement et de santé publique de dizaines de milliers de familles de la bande de Gaza. Le droit à un logement salubre fait partie des droits économiques et sociaux garantis sur le plan local comme international. Une telle intervention de restauration des habitations fera revivre des centaines de petites entreprises, d'entrepreneurs et d'industriels tombés au chômage en raison de la faiblesse de l'activité du bâtiment. Elle améliorera également la santé publique et fera reculer la violence domestique.

Il n'est certes pas logique de dépenser la totalité de l'aide internationale dans un seul domaine. Il faut plutôt élaborer un plan proposant des interventions variées menées en même temps : construire quelques écoles, paver quelques routes, rénover quelques centaines de maisons, dans le cadre d'un plan diversifié dont les programmes s'étalent sur plusieurs années. Pour confirmer la justesse de cette vision : les projets de construction d'écoles et de pavage de routes consacrent au moins 30 à 40 % du coût total à la main-d'œuvre directe et indirecte. Un calcul simple : paver une route d'un kilomètre coûte un million de dollars, dont un tiers va aux ouvriers ; cela signifie le versement d'un salaire de 400 dollars à 250 ouvriers et ingénieurs pendant trois mois. Autre exemple : construire une école qui coûte un million de dollars, dont un tiers revient aux ouvriers et aux ingénieurs, équivaut à verser un salaire de 400 dollars à 100 ouvriers et ingénieurs pendant neuf mois.

L'impact de ces interventions sur le développement doit être renforcé par un recours accru aux produits locaux : utiliser, par exemple, du carrelage fabriqué localement plutôt que de la céramique. Il faut aussi exiger une intensification du recours à la main-d'œuvre et une réduction, autant que possible, du recours à la mécanisation.

Le secteur du bâtiment recoupant des dizaines d'autres activités économiques, sa relance contribue largement à relancer l'activité économique : de nombreux projets pourront prospérer, dégager des bénéfices, puis payer des impôts par la suite.

Un point important, enfin : de telles interventions qualitatives, inscrites dans un plan intégré, encourageront de nombreux gouvernements occidentaux et institutions internationales à intervenir en contribuant à soutenir ce type d'actions.

Thème : Gaza Economy — Source d'origine

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